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      Newsletter décembre 2007
 

Le grand embouteillage de fin d’année

Depuis quelques années, c’est à l’automne que sortent les grands films d’auteurs, découverts pour la plupart à Cannes au printemps, ou dans les festivals de l’été et à la Mostra de Venise.

C’est ainsi que depuis septembre se sont succédées des œuvres remarquées, attendues, comme la Palme d’Or de Mungiu, mais aussi les derniers Rohmer, Sokourov, Gus Van Sant, Woody Allen, Fatih Akin, Francis Ford Coppola, Naomi Kawase, Cronenberg, James Gray, Ridley Scott, Wong Kar-Waï, en attendant le dernier Todd Haynes sur Dylan, « La graine et le mulet » de Kechiche, le dernier Ken Loach et le De Palma…

C’est beaucoup, c’est trop ! Encore, faudrait-il prendre en compte des auteurs moins connus mais tout aussi impressionnants, comme Nicolas Klotz et sa « Question humaine » qui nous a profondément interrogés et dérangés, le coréen Lee Chang Dong et son bouleversant « Secret sunshine » ou les films de jeunes cinéastes français, comme Hia Hausen Love, Cécile Sciamma et sa maîtrisée « Naissance des pieuvres », ou Anna le Ny et l’émouvant « Ceux qui restent »…

Bien sûr, j’aurais aimé voir tous ces films à Rieupeyroux comme la plupart des membres de la commission programmation, mais il n’y a que 4 à 5 semaines par mois. Il y a aussi les impératifs de distribution de certains de ces films plus rares, la nécessité d’équilibrer la programmation sans négliger de varier les genres, de faire découvrir de nouveaux talents, de s’adresser à tous les publics.

Ainsi, le programme de décembre que nous vous proposons me semble équilibré, attractif, respectueux de tous nos principes et reflétant aussi nos envies de cinéma.

Des œuvres attendues le mercredi à 21h et le dimanche à 17h

Tout d’abord, le dernier Gus Van Sant « Paranoïd Park » qui s’intéresse encore et toujours à l’adolescence, ses troubles, la puissance de ses désirs, la fragilité de ses émotions. Chez Gus Van Sant, peu ou pas de sentimentalisme, de psychologie, mais un vrai travail artistique de mise en scène (voir « Elephant » en 2004, et même « Last days »). Ici, ce cinéma qui peut paraître « en apesanteur » suit un ado de 16 ans, Alex, fana de skate, essayant de saisir le mouvement, de s’y glisser,de s’y installer afin d’être dans sa bulle, d’habiter le Paranoïd Park. Van Sant accompagne cette recherche et use d’accélérés, de ralentis, de constructions en flashback pour traverser des paysages sonores envoûtants. Il est magnifiquement servi par la photo de Chris Doyle, le chef opérateur attitré de Wong Kar-Waï, et chaque photogramme, chaque plan sont composés comme une œuvre d’art.

Cinéaste moderne, sorte de « plasticien », l’univers de Van Sant est immédiatement reconnaissable. C’est celui d’un artiste. On pourrait dire bien sûr la même chose du cinéma de David Lynch, qui a exposé à la Fondation Cartier, et bien sûr de celui de David Cronenberg.

C’est d’ailleurs le dernier film de Cronenberg « Les Promesses de l’ombre » que nous découvrirons ensuite. Celui-ci nous a littéralement assommés, il y a deux ans avec un film devenu culte « A history of violence ». J’étais sorti de la salle dérouté, questionné par l’ambiguïté fascinante du héros, admirablement incarné par Vigo Mortensen.

Nous le retrouverons ici, à nouveau double si je puis dire, à la fois mafieux et flic, à la fois capable de douceur et de violence, puis dans ce moment tragique où ses deux identités doivent cohabiter dans ce même corps. Ces âmes tiraillées, ces personnages dostoïevskiens, sont bien sûr fascinants, leur peau tirée comme un masque, une toile où s’inscrit leur histoire (voir déjà le visage de Christopher Walken dans « Dead zone » ou celui de Jeremy Irons dans « Faux semblants », et bien sûr déjà celui de Vigo Mortensen dans « History of violence »).

Que l’on retrouve enfin, l’énigmatique Naomi Watts de « Mulholland drive », voilà qui ne peut que nous réjouir.

Cronenberg est un artiste soucieux du cadre, de l’éclairage de ses plans, « une sorte de peintre de l’ère numérique », et sans doute aussi un moraliste. Grand rendez-vous, donc à ne pas manquer.

Toujours le mercredi soir, « Darling » de Christine Carrière, cinéaste amie des Rencontres où nous avions projeté « Qui plume la lune », film qui avait été très bien reçu. « Darling » dresse le portrait d’une femme se heurtant à toutes les aspérités de la vie, s’y confrontant en gardant une rage de vivre, une volonté positive surprenante. Marina Foïs a été invitée sur bien des plateaux TV, tout son personnage a surpris, a touché les premiers spectateurs du film. Son énergie d’actrice, sa drôlerie, semblaient aller de pair avec celles de son héroïne prise dans des circonstances dramatiques. Retrouver le cinéma original de Christine Carrière, une de ces cinéastes prometteuses que j’évoquais au début, c’est pour nous la certitude d’être en accord avec les valeurs que nous avons toujours défendues.

Nous découvrirons aussi fin décembre, un des films les mieux reçus du moment, dont tous les médias ont parlé « De l’autre côté », ce cinéma généreux, cette réflexion sur des personnages en quête d’identité culturelle et essayant de faire dialoguer deux cultures, malgré les obstacles politiques et sociaux. D’Hambourg à la Turquie les destins se tissent, les personnages échangent, se croisent au fil d’un scénario brillant et efficace. Avec Fatih Akim, nous sommes au cœur de ce jeune cinéma allemand, dont les œuvres sont de plus en plus reconnues, non seulement par les festivals, mais aussi par les spectateurs français (voir « Good bye Lenin », « Ping Pong », « La vie des autres »…

Ces grands films d’auteur seront accompagnés le week-end par deux comédies françaises, « Le cœur des hommes 2 » et « L’heure zéro » de Pascal Thomas. N’ayant que peu de goût pour les séries, les « sequels », je n’attends rien du film de Marc Esposito, si ce n’est des retrouvailles avec les mêmes personnages, plus ou moins attachants, selon leur humeur et leur typologie.

Du cinéma de Pascal Thomas, on est sûr qu’il réserve plus de surprises, de rebondissements, de plaisir à raconter, à ciseler les dialogues. Dans « L’heure zéro », il fait cohabiter plusieurs générations d’acteurs, depuis Danielle Darrieux jusqu’à Melvil Poupaud, sans oublier François Morel. Une comédie à découvrir !

Il y aura aussi pour les plus jeunes au moment des fêtes, deux films d’animation « Bienvenue chez les Robinson » et « Les rois de la glisse », deux films venus des Etats-Unis, visibles par tous, dès l’âge de 6 ans. « Les rois de la glisse » a déjà réuni plus 1,5 millions de spectateurs en 4 semaines, ce qui en fait un des succès de l’automne.

En attendant janvier où nous retrouverons quelques uns des films évoqués au début, comme « La graine et le mulet » d’Abdellatif Kechiche, et quelques unes des grosses sorties de décembre, nous vous souhaitons de bonnes fêtes de Noël et de Nouvel An.


G.P


 
      newsletter octobre 2007
 

Un bilan moral du festival…

Toujours un grand moment de convivialité, sous un beau soleil de fin d’été. L’espace du chapiteau, l’espace autour du bureau d’accueil, des tables, est un lieu choisi de rencontres, de retrouvailles, de débats dans lequel les intervenants invités ont pris toute leur place. Davantage, il me semble que les années précédentes. C’est une volonté qu’il faudra encore développer et qui reste une des valeurs de base de l’association des Rencontres…à la Campagne.

Des grands moments de cinéma…

- Bien sûr, le 1er grand choc pour beaucoup des cinéphiles présents, fut le film de Cristian Mungiu « 4 mois, 3 semaines, 2 jours ». Sur un sujet difficile, Mungiu nous livre une oeuvre aboutie, une succession assez lente de plans souvent fixes, installant une tension angoissante, tant sont précaires les situations des deux héroïnes, et sans doute celle de toute cette société communiste fermée. Bien sûr, le réalisme cru du film suppose des actrices capables de porter un tel projet, et là encore Mungiu se révèle un précieux directeur d’acteurs.

- La journée du vendredi proposa aussi des films bien reçus par le public, que je n’ai pas tous vus. Le film de Jacques Mitsch et Jean-Christian Tassy m’avait enthousiasmé l’année dernière et cette lutte de Fumel, si exemplaire nous avait tous touchés. Le film de Marc Khanne sur le Mont Aigoual « Aigoual, la forêt retrouvée » a reçu un accueil si favorable, que nous le reprendrons dans notre programmation hivernale. Je mets les « Lip, l’imagination au pouvoir » en exergue, car ce documentaire m’a paru exemplaire. Bâti sur les témoignages des principaux acteurs syndicaux, politiques, industriels de cette grande lutte du milieu des années 70, le film de Rouaud est précis, documenté et extraordinairement proche de ces femmes et hommes, qui n’ont rien perdu de leur rayonnement. Il y a une dignité des luttes ouvrières que ce documentaire restitue pleinement : elle est faite d’humanité, d’espoir, de liberté, de solidarité, valeurs qui en valent bien d’autres, dont nous entendons vraiment trop parler. Je n’ai pas pu voir les films de Sophie Bruneau et Marc Antoine Roudil, mais on m’a beaucoup parlé de « Mon diplôme, c’est mon corps » et de son héroïne. « Whisky » de Stoll et Renella, nous venait d’Uruguay, et ce fut une belle découverte. Les personnages attachants, à la fois simples, pudiques et soucieux de leur image sociale, sont dirigés avec beaucoup de finesse, de sensibilité. Au final, ils nous émeuvent.

- Le samedi me semble marqué par la réussite de la conférence à propos des seconds rôles dans le cinéma français. Animée avec passion par Serge Regourd, elle a attiré une centaine de personne intéressées, autour de 3 acteurs sympathiques disponibles et soucieux de partager avec le public. Merci donc au grand Yves Afonso, dont j’ai revu ave plaisir la performance dans « Maine Ocean », à Jacques Serres, ou le bouillant Philippe Ambrosini, un monsieur 100 000 volts, d’origine corse, ne l’oublions pas. Le choix judicieux des films pour illustrer le propos de la conférence a donné à cette journée une cohérence remarquable.

- Du dimanche de clôture, outre la qualité du manga « Paprika » et de la fraîcheur vivifiante des deux jeunes présentatrices, je retiens mon émerveillement, toujours renouvelé, devant l’œuvre de Rouquier. Cette fois, devant des documentaires, beaux, poétiques (voir « Le sel de la terre », œuvre de commande pourtant !), donnant toujours à l’artisan, au travail, sa juste place dans la nature et dans la vie de tout un chacun. Ses leçons de cinéma sont aussi des leçons de morale cinématographique, loin de toute intrusion « peopolisante » dans l’intimité de personnes dont l’artisan Rouquier respecte la personnalité et le savoir-faire artisanal. Ces qualités se retrouvaient dans « Lourdes et ses miracles », documentaire rarement montré, dans nos campagnes catholiques et qui, tout en nous surprenant parfois, nous donnait un aperçu intéressant sur la démarche de Rouquier (présent à l’écran), sa volonté d’enregistrer la réalité de témoignages, et d’images, interrogeant les phénomènes de guérisons miraculeuses, filmés à Lourdes. Une œuvre intrigante, mais forte pour clore ce bon crû 2007 !

Programmation octobre 2007

Toujours éclectique, même si les comédies dominent, cette programmation propose des œuvres de tous les pays, où se développe un cinéma digne d’intérêt. Nous avons en France, la chance de pouvoir découvrir des films non formatés, venues d’horizons très différents, saisissons là !

Un certain état du cinéma français entre premiers films ou œuvres confirmant le talent de jeunes cinéastes… Pour juger du dynamisme du cinéma français, de sa capacité à inventer de nouvelles formes de comédie ou de drames (genres prisés par la télévision qui souvent, produit), nous proposons ce mois-ci 4 films français dont vous avez sans doute entendu parler :

  • « Ceux qui restent » d’Anne Le Ny, avec Vincent Lindon et Emmanuelle Devos, premier film bien reçu par la critique et le public, s’intéresse à ceux qui accompagnent des conjoints atteints par une longue maladie. Ils se rencontrent dons à l’hôpital échangeant, riant, tentant d’échapper à leur culpabilité de bien portants. Cette rencontre émouvante est filmée avec délicatesse et parfois drôlerie par une cinéaste prometteuse ; Anne Le Ny.
  • Avec « 3 amis », de Michel Boujenah, ici cinéaste, c’est l’amitié qui est mise en question, avec Mathilde Seigner, Kad Merad et bien d’autres acteurs ; l’humour est assuré et le charme de Toulouse où a été tourné le film, assure à cette comédie familiale une tonalité chaleureuse, bien de chez nous
  • « Le fils de l’épicier » d’Eric Guirado, me semble encore plus intéressant. Guirado a présenté en 2003 à Rieupeyroux son premier film, intéressant, touchant, autour de personnages simples, en butte aux galères mais capables de partage, de solidarité. « Quand tu descendra du ciel » avait été bien reçu par les festivaliers. L’accueil du public et de la critique a été bon pour ce nouveau film « Le fils de l’épicier », qui s’intéresse en milieu rural, à des personnages à la recherche d’un équilibre économique sentimental. En reprenant le travail de son père, épicier ambulant, Antoine s’en sortira-t-il ? Guirado a le sens des dialogues justes et ses jeunes comédiens sont doués. Clotilde Hesme était d’ailleurs excellente dans les très belles « Chansons d’amours » de Christophe Honoré.
  • « La vérité ou presque », de Sam Karmann, met en scène Karin Viard, Cluzet et Dussolier dans une comédie dramatique, douce-amère sur la confrontation du désir, de la vérité et donc du mensonge. Le premier film de Karmann, « Kennedy et moi » était prometteur. Il mettait en scène Jean Pierre Bacri et Nicole Garcia, dans un film à l’honneur décapant, où il joue toujours le même rôle. C’est avec plaisir que je découvrirai ce nouveau film de Karmann, qui a le sens du dialogue brillant, mais aussi cruel.

Deux incontournables venus des USA…

  • « Sicko » est le dernier opus de Mickael Moore, et le cinéaste provocateur s’intéresse ici au système de santé américain, injuste, lourd, en panne. Cette question du système de santé, nous nous la posons aussi et ce documentaire tombe à pic pour éclairer notre réflexion. Depuis « Columbine », Moore est devenu un cinéaste populaire et nous vous attendons aussi nombreux que pour Fahrenheit 9/11 même si on l’a moins vu sur nos écrans nos plateaux TV. ; étant donné sans doute notre actualité politique.
  • En fin de mois, nous proposons le film de Paul Greengrass ; « La vengeance dans la peau », 3ème volet des aventures de Jason Bourne/Matt Damon, agent amnésique, toujours traqué, toujours poursuivi (voir « La mémoire dans la peau », montré récemment sur TF1). Ce thriller est réalisé avec virtuosité, comme tout bon film américain qui se respecte. Matt Damon court aussi élégamment que Tom Cruise, cela lui suffira-t-il pour échapper à la mort ?
  • Une comédie musicale, tout public « Hairspray » avec Travolta, Michelle Pfeiffer et Christopher Walken. Travolta joue la grosse Tracy qui se rêve en star TV, réussit puis s’attire des ennuis…Un bon divertissement donc, avec un humour simple mais efficace. Vous divertir, vous faire rire, voilà le vrai programme du film du jeune Adam Shankman.


Trois cinéastes méditerranéens à découvrir…

  • Avec « Les méduses » d’Etgar Keret et Shira Geffen, c’est le jeune cinéma israélien que l’on découvrira. Caméra d’or à Cannes, cette année, ce film propose de suivre plusieurs personnages ayant en commun de vivre à Tel Aviv (comme dans l’excellent « The Bubble » vu en juillet à Rieupeyroux), d’y chercher leur place, de se confronter à leur propre destin. Ce film, plein de charme, hésite entre rires et larmes, il faut le découvrir au plus vite.
  • Du Liban, autre pays en guerre, « Caramel » réalisé par Nadine Labaki. Cette comédie mettant en scène 5 femmes se croisant dans un institut de beauté, bénéficie depuis août d’un très bon bouche oreille. Portrait sensible et drôle de femmes aux conversations libres, le film est aussi un aperçu de la société libanaise, plus libre et moins uniforme que nous pourrions le croire. Un oeuvre à découvrir donc !
  • Enfin de Daniele Luchetti, « Mon frère est fils unique », comédie politique autour de la confrontation de 2 frères forts différents. Luchetti n’est plus un espoir du jeune cinéma italien ; il a déjà réalisé deux ou trois films intéressants, comme le pertinent « porteur de serviettes » dans les années 90. Ici, sa comédie quoique assez féroce, fait souvent sourire. Ses personnages en quête d’identité sont touchants, sympathiques et les acteurs bien dirigés donnent le meilleur d’eux-mêmes. C’est avec plaisir que chaque année nous retrouvons quelques films italiens (Moretti, Bellochio bien sûr, mais aussi de jeunes cinéastes comme Kim Rossi Stuart et son très beau « Libero » en décembre). Que le cinéma italien soit encore vivant après plus de 10/15 ans de Berlusconisme TV et politique, c’est un miracle que nous devons soutenir !! Venez donc nombreux.

Pour le mois de Novembre…On peut dès à présent annoncer pour le 7 novembre « La question humaine » de Nicolas Klotz avec Mathieu Amalric, film terrible sur le travail, provoquant réflexion, débats, dont les médias les meilleurs se sont faits largement l’écho. C’est un acte de résistance, un acte militant que de soutenir de telles oeuvres.

Annonçons aussi le vendredi 9 novembre, la projection de « Loin d’elle », film sur la maladie d’Alzheimer, qui sera suivi d’un débat avec un professionnel de la santé. Cette projection retardée est très attendue, le sujet étant aussi d’actualité.

A bientôt pour une nouvelle newsletter ! qui reparlera de ces grandes dates.


 
      newsletter septembre 2007
 

Septembre, pour l’équipe des Rencontres, c’est le mois d’une drôle de rentrée cinématographique, puisque c’est celui du festival...

Cette année, nous fêtons le 10ème anniversaire des Rencontres…à la Campagne et c’est aussi l’occasion pour tous de mesurer le chemin parcouru depuis 1997 : succès des premiers festivals, volonté communale puis intercommunale de s’équiper d’une salle, volonté réaffirmée de tous les acteurs du dossier, de défendre une certaine idée du cinéma qui prenne en compte tous les publics, toutes les cinématographies, développement d’actions de réflexion autour du cinéma, à travers stages, animations, rencontres, création avec l’inspection académique du dispositif «Ecole et Cinéma », lancement du réseau de diffusion du cinéma produit en région.


Au moment d’ouvrir ces 10èmes Rencontres, la même volonté anime toute l’équipe et notre cohérence avec nos objectifs initiaux, nos valeurs chères, est toujours évidente. Ainsi, outre les rendez-vous habituels des festivaliers (Nuit du Court du Samedi, avec quelques petits bijoux et une œuvre à découvrir, celle de Norman Mac Laren, après-midi des productions en région, après-midi dominicale pour les plus jeunes autour des films d’animation : « Paprika » de Satoshi Kon et « U » de Serge Elissalde), la programmation et les rencontres proposées s’annoncent passionnantes.

Le festival débutera jeudi, avec la palme d’or du dernier festival de Cannes « 4 mois, 3 semaines, 2 jours » de Cristian Mungiu, cinéaste roumain prometteur rencontré à Rieupeyroux en 2003. Son film autour de l’avortement sous le régime de Ceaucescu a marqué le jury et le public cannois, tant la tension instaurée est forte, tant la volonté d’un réalisme cru est affichée. Le regard de Mungiu sur la société roumaine est sans concession et on peut le rapprocher de celui de Porumboiu dont nous découvrirons en 2nde partie de soirée « 12h08 à l’est de Bucarest », caméra d’or 2006 à Cannes. Après le réjouissant « La mort de Dante Lazarescu » de Cristi Puiu, vu ici en 2006, on peut parler d’un renouveau du cinéma roumain.

Le vendredi sera l’occasion d’apprécier de nombreux documentaires et une fiction, tournant autour du thème des résistances dans le monde du travail, à travers des luttes menées ici ou ailleurs (ex : « Les lip, l’imagination au pouvoir » de Christian Rouaud).
Ce sera aussi l’occasion de rencontrer ces cinéastes soucieux de rendre compte des luttes menées, de réfléchir aussi sur leur propre travail de documentariste dans le contexte du cinéma actuel. Marc Khanne, Marc Antoine Roudil et Sophie Bruneau sont des fidèles des Rencontres, et échanger avec eux sur leur travail sera une occasion privilégiée d’enrichir notre réflexion sur le travail, leur travail et le nôtre en tant qu’acteur culturel engagé.
Sous le foirail, une soirée « coup de cœur » permettra de découvrir 2 films vus par des membres des Rencontres, dans les festivals :
- «Khorma » film tunisien de Jilani Saadi, en 2003 autour du portrait de 2 personnages attachants, Khorma, jeune orphelin vivant avec le vieux colporteur de nouvelles, Bou Khaled.
- « Whisky » film uruguayen de Pablo Stoll et Juan Pablo Renella, salué dans bien des festivals en 2005/2006.

Le samedi sera consacré aux seconds rôles dans le cinéma français. Cette journée sera animée par l’universitaire Serge Regourd, en présence des acteurs Jacques Serre, Yves Afonso, Philippe Ambrosini, à honneur dans les films choisis pour illustrer cette thématique. Avec Serge Regourd, dont le livre « Eloge des seconds rôles » explore cette thématique, nous rendrons hommage à un certain cinéma français, à ses artisans, et nous pourrons nous interroger sur l’évolution économique du système de production actuel du cinéma français.
« Maine Ocean » de Jacques Rozier avec Yves Afonso, Luis Rego et Bernard Menez, est une véritable pépite, un film donnant du plaisir par son humour, un film profondément humain avec de vrais personnages, dans une mise en scène libre et souveraine, hors de tout formatage. C’est mon coup de cœur pour ce samedi ! Et j’ai hâte de découvrir « Quand la mer monte » de Yolande Moreau et Gilles Porte, que je n’avais pas vu en 2005.

La soirée de clôture associera des documents de valeur exceptionnelle que l’on peut inscrire dans une perspective patrimoniale, même si les verves de Georges Rouquier dépassent cadre parfois étroit, tant leur portée est universelle et leur modernité évidente (exemple : plans à couper le souffle du « Sel de la terre », capacité unique à immortaliser des gestes, des savoir-faire et à nous les transmettre). Les documents restaurés de la Cinémathèque de Toulouse que nous découvrirons en début de soirée, en présence de Christophe Gauthier, le conservateur de la Cinémathèque, datent des années 1930, et leur projection sera accompagnée au piano par Raphael Howson. Une découverte en musique de notre région et parfois de notre département (Roquefort, les Gorges du Tarn).

Un programme varié donc, ouvert à tous les formats, à tous les genres cinématographiques et bien sûr à tous les publics. C’est un crédo dont nous n’avons pas varié !

La programmation de la salle de cinéma de Rieupeyroux commentée très prochainement…..à suivre….

G.P.




 
      newsletter août 2007
 

Disparition de 2 monstres sacrés du cinéma…

Venant après celle de Jean Pierre Cassel, de Jean-Claude Brialy, de Philippe Noiret, la mort de Michel Serrault nous attriste et nous touche tous. Si Brialy et Cassel restent plutôt dans nos mémoires des acteurs de la nouvelle vague, Noiret et Serrault sont devenus après la quarantaine d’immenses acteurs populaires, parmi les plus importants et les plus récompensés de 1975 à 2000. Venu du théâtre, du cabaret, Michel Serrault s’est d’abord fait connaître par son talent comique avec son partenaire Poiret. « La Cage aux folles » marque l’apogée de sa carrière comique tant au théâtre, qu’au cinéma. Son talent dramatique s’est affirmé plutôt dans années 80, lors de ses rencontres avec Claude Chabrol (« Le fantôme du chapelier »), Claude Sautet (« Nelly et M. Arnaud »), Claude Miller (« Garde à vue »). Ces grands réalisateurs vont révéler les facettes inquiétantes de ses compositions, sa capacité à incarner des personnages complexes, souvent pleins d’humanité. Tout ceci sans rien perdre de son talent comique : « Le bonheur est dans le près » de Chatillez, par exemple.
Seul des les années 60,70, Jean Pierre Mocky avait deviné et exploité le potentiel du comédien (voir « L’ibis rouge » ou « A mort l’arbitre »). Il continuera à travailler avec lui utilisant la truculence libérée de l’acteur (voir « Le Miraculé », « Ville à vendre »). Ne peut-on pas imaginer une soirée hommage à Jean Pierre Mocky et Michel Serrault au cinéma de Rieupeyroux ? Rappelons aussi que pour des raisons très différentes, Cassel, Brialy, Noiret et Serrault ont souvent interprété de grands seconds rôles dans des films dont ils assuraient le standing. Cette importance des seconds rôles dans l’esthétique du cinéma français, sera au cœur du samedi du 10ème festival des Rencontres…à La Campagne en septembre, autour de Serge Regourd, universitaire toulousain spécialiste de cette question.

La disparition d’Ingmar Bergman va toucher, elle, les cinéphiles du monde entier. Le cinéaste suédois est un des plus grands auteurs de l’histoire du 7ème art, au même titre que Renoir, Wees, Hitchcock, Ford, Eisenstein, Bunuel, Lang, Visconti, Fellini, Rossellini, Mizoguchi, Kurosawa...Sa science du plan, l’acuité de ses dialogues, sa direction d’acteurs et surtout d’actrices fétiches comme Liv Ullumann, Bibi Anderson ou Ingrid Thulin ont souvent ébloui et lui ont valu une reconnaissance internationale. Son œuvre, certes difficile parfois, s’intéresse avant tout aux grands problèmes existentiels de notre existence. Bergman a interrogé le couple, la famille, la mort, le sens de la vie, la recherche désespérée parfois d’une harmonie, d’un bonheur : autant de grands thèmes universels sur lesquels son œuvre nous éclaire, tant il était capable de mettre au jour ce qui est enfoui, tût, caché. Cinéma, des affects et non des effets, cinéma de la durée du plan et non du montage « clippé », cinéma des dialogues ciselés et non des dialogues/café du commerce, le cinéma d’Ingmar Bergman aura toujours cette modernité exigeante des grands classiques inoubliables, modernité chère à Baudelaire critique d’art, qui parlait de « phares », pour évoquer les grands maîtres de la peinture. Depuis son île suédoise, Bergman aura été un de ces phares pour le cinéma de son temps, reconnu de ses pairs, adulé par des cinéastes aussi différents, que le russe Tarkowski ou l’américain Woody Allen, sans parler des Rossellini, Antonioni, Rhomer, Truffaut ou Lars Von Trier. Revoir ses œuvres majeures comme « Les fraises sauvages », « Cris et chuchotement », « Fanny et Alexandre », « Sonate d’automne » etc.…est une urgence, une nécessité pour tout cinéphile qui se respecte. Ce sont de véritables pépites, capables d’éclairer l’obscurité contemporaine.

Je signale aussi la mort, en cet été meurtrier pour le cinéma, d’Ulrich Mühe, l’acteur allemand bouleversant de « La vie des autres », un des grands films de cette année. Ses compostions dans « Amen » de Costa Gavras, « Funny Games » de Haneke étaient aussi remarquables. L’intensité de son regard restera dans notre mémoire.

Ces disparitions laissent de grands vides et il nous faut plus que jamais montrer, défendre des œuvres libres, exigeantes, des futurs grands maîtres de cet art unique, que doit rester le cinéma. Des œuvres montrées cette année à Rieupeyroux nous rendent optimistes ; elles sont portées par de jeunes cinéastes dans les grands festivals et sans battage commercial arrivent à se faire une place : je pense à « Lady Chatterley » de Pascale Ferran, à « Pingpong » de Matthias Luthardt, à « Still Life » de Jia Zhang Ke, à « Syndromes and a century » de Weerasethakul. Que ce jeune, moderne cinéma ne trouve pas toujours son public à Rieupeyroux ou ailleurs ne doit pas nous décourager. Ce sont les œuvres d’artistes résistants au rouleau compresseur du cinéma commercial made in USA. A nous de les soutenir, en leur donnant une visibilité salvatrice.

Le 10ème festival Rencontres…à la Campagne débutera d’ailleurs avec le film de Cristian Mungiu « 4 mois, 3 semaines et 2 jours », qui s’inscrit dans cette lignée des auteurs modernes, et qui a obtenu la Palme d’Or à Cannes, au mois de mai.

PS : 31 juillet 2007 – Mort de Michelangelo Antonioni, un des grands auteurs italiens des années 60, celui dont la modernité déroutait, mais dont le talent de metteur en scène éblouissait (voir « Blow up », palme d’or culte de Cannes en 1967.

Pour rire quand même un peu, un bon calembour du duo Poiret – Serrault, sous forme de devinette : Pourquoi les ecclésiastiques n’ont pas besoin de voiture ? Parce que les habits sacerdotaux.

……Un beau mois d’août pour tous

Au cœur de ces vacances 2007 plutôt tristounettes du point de vue météorologique, le cinéma de Rieupeyroux offre à tous les publics l’occasion de se distraire, de découvrir, de réfléchir selon ses aspirations du moment.Pour les amoureux de grosses productions, de films d’aventures, d’action policière, deux retours plus ou moins attendus, avec « Ocean’s 13 » de Soderbergh que l’on espère supérieur au précédent, avec une brochette d’acteurs charmants : Brad Pitt, Matt Damon, Georges Clooney, Andy Garcia…et « Die Hard 4 » de Len Wiseman avec Bruce Willis reprenant le rôle de l’inspecteur Mc Clane. Ce film a été bien reçu par la critique et a tout de suite trouvé des spectateurs, son efficacité est indéniable.

Mais pour les plus jeunes, le grand retour de ce mois d’août, c’est celui d’ « Harry Potter », pour la 5ème de ses aventures fantastiques. Avant de lire cet automne le dernier opus des aventures du jeune sorcier, ce 5ème film est l’occasion de se replonger dans le monde d’Harry, de retrouver Poudlard, sa communauté, Voldemort…

Les enfants, amoureux de films d’animation seront gâtés avant la rentrée avec la découverte de « Ratatouille », nouveau dessin animé des studios Pixar, réalisé avec brio par Brad Bird. Ce film inventif, très attendu narre les aventures d’un jeune rat amoureux de grande cuisine française, et voulant devenir un grand chef. Encore un film pour tous à déguster en famille !

Mais dans le domaine de l’animation, l’événement du mois est franco iranien, il s’agit bien sûr du film « Persepolis » de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud, tiré de leur célèbre BD. Ce film découvert et récompensé à Cannes, nous plonge dans l‘Iran des années 80 où s’installe le régime de l’ayatollah Khomeyni et où l’héroïne, petite fille libre de 8 ans, interroge la nature de ces changements. Le graphisme original de la BD a été conservé et les studios français montrent une fois de plus, que l’on peut faire, autre chose, autrement que les grands studios américains ou japonais. Un film à découvrir au plus vite !

Pour juger de la bonne tenue de la sélection cannoise 2007, nous pourrons découvrir un des films les mieux reçus sur la croisette en mai; « Zodiac » de David Fincher. Celui-ci, metteur en scène prometteur de films cultes pour les ados et les jeunes, comme « Seven » et « Fight Club », s’est aussi révélé grand directeur d’acteurs en particulier en tirant le meilleur de l’assez fade Brad Pitt. Fincher reste ici dans le monde du thriller, en évoquant Zodiac, le serial killer le plus célèbre des années 60, et surtout la fascination qu’il exerça sur le monde policier et sur la presse, à travers son héros, le jeune Robert Graysmith. C’est aussi la confirmation du talent de Jake Gyllenhaal, l’un des formidables acteurs du beau « secret de Brokeback Mountain ». David Fincher semble de plus en plus s’imposer comme l’un des jeunes réalisateurs américains les plus intéressants.

Autre cinéaste majeur, découvert en Occident avec « La saveur de la pastèque » et « The hole » à la fin des années 90, Tsai Ming-liang. Ce malaisien revient au pays natal pour « I don’t want to sleep alone ». On retrouve dans un contexte social plus marqué, la sensualité de Tsai, sa capacité à filmer des corps, la difficulté de l’amour, ses capacités à limiter les dialogues, à laisser l’image parler seule. Ce sont des immigrés pauvres que nous suivons dans Kuala Lumpur, chinois bangladeshi vivant en marge de la société malaisienne, et Tsai Ming-liang se veut aussi un cinéaste intéressé par l’économie, la politique dans une Asie du Sud Est en pleine mutation. De Taiwan en Malaisie, de la campagne à la ville, Tsai et sa manière unique de construire ses œuvres, nous donnent à voir une autre facette de ce continent asiatique au cinéma si prometteur et si novateur.

Mais il ne saurait y avoir de bonne programmation sans quelques découvertes, de films moins attendus mais remarqués dans les festivals et soutenus par le public. C’est le cas du « Bonheur d’Emma », film allemand, rural, sympathique, soutenu très fort par Serge Marty, lors des réunions de programmation. Emma aime les cochons qu’elle élève, aimera-t-elle aussi Max qui débarque par hasard dans sa ferme ? Ce film a bénéficié depuis 3 mois d’un bon « bouche à oreille » et a trouvé son public.

Autre film bien reçu, le second film de l’israélien Eytan Fox, après le très beau « Tu marcheras sur l’eau », « The Bubble ». Fox s’intéresse ici au quartier chic et pacifiste de Tel Aviv, où vivent dans une sorte de « bulle » des jeunes israéliens avides de rencontres amoureuses. Ici, elle est détonante dans le contexte politique actuel, puisqu’elle concerne un israélien et un palestinien. Eythan Fox, un maître de la comédie dramatique ? Un provocateur branché et doué ? A nous de nous faire une idée !

N’oublions pas le documentaire du mois « Gypsy Caravan », sorte de road movie musical, où l’on suit 5 groupes tziganes en tournée aux Etats-Unis, 10 ans après une tournée rendue fameuse par Wenders dans celle du « Buena Vista Social Club » et de ses fabuleux musiciens cubains. Pour moi, qui ai vu la plupart de ces groupes tziganes venus d’Europe de l’est, je peux assurer que leur musique, leur présence scénique, leur sens de la fête n’ont rien à envier à ceux de leurs frères cubains. Pour ceux qui ne le connaissent pas, venez découvrir « Le Taraf de Haidouks » ou la « Fanfare Ciocarlia », vous ne pourrez être déçus par leur énergie, leur maîtrise musicale. Pour les cinéphiles, rappelons que la « Fanfare Ciocarlia » était à l’affiche du très beau « Head on » du cinéaste allemand Fatih Akin, que l’on retrouvera à l’automne dans les salles avec « De l’autre côté », film lui aussi récompensé à Cannes.

Le festival se prépare, nous en reparlerons bientôt ici même. De belles rencontres s’annoncent…


Guy Pezet.



 
      newsletter juillet 2007
 

Un certain état du cinéma français et mondial

Avec 850 copies lors de leur sortie, Pirates des Caraibes 3 et Shrek 3 squattent une grande partie des écrans français (plus d’1/3 des salles) alors même qu’augmente chaque semaine le nombre moyen de sorties (environ 14 ou 15). Ils mobilisent aussi durant la 1ère semaine de leur sortie, près de 70% des spectateurs, en grand majorité adolescents. Ce sont donc, à en juger par leur fréquentation de grosses productions populaires. Cette tendance se retrouve partout en Europe et ces grosses productions, films d’animation ou films d’aventures plus ou moins fantastiques, dont les effets spéciaux tiennent lieu, à tout le moins, de mise en scène et parfois de scénario, marginalisent toute production nationale, indépendante (voir l’état du cinéma italien ou même du jeune cinéma allemand, montré surtout en France).

La rencontre avec Robin Renucci, vendredi 22 juin au Cinéma de Rieupeyroux, nous a permis d’approfondir notre réflexion sur ce phénomène inquiétant, « ce formatage de fictions mondialisées » ou par un très grand nombre de spectateurs en même temps, « en mâchant sans doute les mêmes pop corn ». Cette uniformisation de la consommation culturelle est fabriquée par les maisons de production et de distribution, à coups de spots publicitaires, de passage TV, de colonnes de journaux achetés, par un « marchandising » précédant dans nos supermarchés l’arrivée de produits cinématographiques attendus. Celui-ci n’a pas besoin d’être bon, il doit surtout être empilable, garder les mêmes ingrédients et les mêmes recettes, de façon à ce que le spectateur consommateur retrouve le même goût formaté, soit en pays de connaissance si je puis dire, ne soit ni surpris, ni dérouté.


Pourquoi et comment lutter contre ce phénomène ?

Nous devons donc continuer à diffuser des œuvres, des films différents, plus exigeants sans doute, mais relevant de la défense non d’un produit commercial, mais d’une œuvre à part. Nous avons la chance aux Rencontres de pouvoir programmer chaque semaine certains de ces films venus de toutes les régions, de tous les pays. Nous avons la chance en France d’avoir de nombreux festival présentant des œuvres rares, avec à leur tête le festival de Cannes et son marché du film. Notre présence dans ces festivals nous permet de faire un tri, un choix souvent difficile, parfois douloureux, entre de nombreux films intéressants, originaux, nous faisant découvrir l’Autre plutôt que le même, pour retrouver les propos de Renucci. Cette diversité de la production et la diffusion des films en France est une exception culturelle à laquelle nous sommes attachés. Le développement des salles dîtes d’Art et d’essai est un phénomène unique en Europe et sans doute au monde. Il faut le préserver
L’accusation « d’élitisme », de difficulté des œuvres modernes ne tient pas. Comme le disait Jean Vilar pour son projet de Théâtre National Populaire et pour le festival d’Avignon, l’objectif est d’être « Elitaire pour tous ». Cette volonté de montrer à tous de belles œuvres, d’en parler, elle est notre raison d’être.

Alors comment y amener le plus grand nombre ?
D’abord en maintenant coûte que coûte cette offre. En accompagnant le plus souvent possible la diffusion de ces films. En maintenant dans le cadre de l’Education Nationale, les dispositifs « Ecole et Cinéma » et « Collège et Cinéma » dont l’association connaît l’importance. Former de futurs spectateurs cinéphiles, ayant acquis une culture de cinéma, c’est un objectif enthousiasmant mais complexe (je suis professeur !!). Aussi faut-il inciter les parents à être eux-mêmes les passeurs entre les films et leurs enfants. Je vois peu de jeunes collégiens ou lycéens aux films dits d’art et d’essai et même au festival en septembre, ce qui me surprend toujours, quand j’entends les exigences parentales en terme de projets culturels dans le cadre scolaire. L’école ne peut seule résoudre ce problème de goûts, de curiosité pour d’autres films que ceux qui semblent désigner à la consommation des jeunes. Vos enfants ne sont pas qu’une cible commerciale. Montrez le…

Merci donc à Robin Renucci d’avoir défendu brillamment l’éducation populaire. Son discours, son projet autour du théâtre et du film sont exemplaires. Dommage que le film soit nettement en deçà des attentes, trop lourd parfois pour qu’existent vraiment les personnages et qu’ils nous touchent ! Nous avons vu aussi en cette fin juin, le remarquable Still Life, une œuvre riche, aboutie, nous faisant découvrir une Chine souvent méconnue, paradoxale,en pleine construction/déconstruction, quoique issu d’une civilisation très ancienne. Les destins des 2 personnages en quête d’une personne autrefois chère, proche mais éloignée, nous a profondément touché. La splendeur des plans, les choix de lumière du réalisateur ne font que renforcer sa capacité à évoquer la Chine actuelle, moderne dans toute sa cruauté. Plus de 50 personnes étaient là ce mercredi, ce qui nous a conforté dans ce choix. Le film a été primé à Venise et Jia Zhang Ke est bien un des auteurs majeurs de ce début de siècle. C’est un cinéma moderne, jeune, pouvant être vu par tous, sans scènes de violence ou de sexe inutiles et gratuites.

En juillet…..
Syndromes and the Century
, du thaïlandais Apichatpong Weerasethakul, relève de la même volonté : faire découvrir, suivre un nouvel auteur thaïlandais, cette fois. Après le troublant et fascinant Tropical Malady, le jeune prodige thaïlandais, plasticien, vidéaste, découvert à Cannes, nous envoûtera-t-il à nouveau ?Je le souhaite. Son sens de la durée du plan, son travail sur l’image, les ombres et la clarté, les mystères de ses œuvres nous emporteront vers un ailleurs cinématographique à découvrir, à apprivoiser. C’est mon choix, mon coup de coeur de ce mois-ci.

Pourtant, suite au festival de Cannes, plein d’autres cinéastes à l’affiche méritent votre détour. Ils sont jeunes et prometteurs comme Raphaël Nadjari, dont le film Avanim, nous avait bouleversé, il y a deux ans. Nadjari nous plonge dans la réalité complexe de la société israélienne, ses contraintes, ses craintes, ses espoirs, ses fanatiques religieux, mais aussi ses militants d’espoir. Tehilim, nous plongera à nouveau au cœur d’une famille juive et j’espère que le cinéaste confirmera son statut d’espoir du cinéma israélien. C’est aussi le cas de Christophe Honoré, de retour dans notre salle, moins d’un an après avoir découvert Dans Paris, à mon avis le meilleur film français 2006, avec Lady Chatterley. Avec Les Chansons d’amour, Honoré, toujours fasciné par la vitalité du cinéma français des années 60, ici celui de Jacques Demy, rend hommage à la comédie musicale renouvelant le genre. Ce film, bien accueilli par le public cannois, fait la part belle à la chanson, à tous les possibles amoureux qu’elles évoquent, avec leurs joies, leurs peines. Une nouvelle fois, il donne sa chance à de jeunes comédiens, comme le remarquable Louis Garrel, mais aussi à Ludivine Sagnier ou Chiara Mastroianni. Un film français grand public, sans Depardieu, Auteuil, Jugnot, Clavier ; sans Deneuve, Adjani, Ardant, Binoche, Seigner….cela existe…Découvrez le avec nous en ce début juillet !

Avec Le Scaphandre et la Papillon, adapté du best-seller de J. Dominique Bauby, c’est le réalisateur américain Julian Schnabel que nous pourrons découvrir. Ce peintre reconnu, a déjà réalisé 2 longs métrages, dont l’intéressant Basquiat, sorte de biographie du jeune peintre français à la trajectoire tragique, bien meilleure que ce qui avait été dit. J’ai vu avec plaisir ce film à la télévision et il m’a paru fort. Outre la performance de Mathieu Amalric sur son lit, ne communiquant qu’avec l’œil, le pari risqué de cette adaptation mérité le détour (film primé à Cannes).

Adapter le roman de Cueco, Dialogue avec mon jardinier, me semble aussi relever d’un pari, tant l’ornement narratif y est mince et tant la rencontre entre le peintre parisien et cet ancien condisciple de province devenu jardinier était peu palpitante, assez conventionnelle, dans mon souvenir de lecteur peu enthousiaste. Gageons que Becker, après Les Enfants du Marais réussira à donner corps et vie à ces 2 personnages, qu’interprètent parait-il avec brio Auteuil et Darroussin. Un film à découvrir en famille dans la douceur rurale d’un fraîche nuit Rieupeyrousaine.

Je ne dirai rien de Shrek 3, tant le film a été survendu. Qu’en attendre ? Une ruée d’enfants vers le géant vert le plus célèbre du moment. En juillet, il n’y a pas école le lendemain et ceci vaut pour les plus grands !

Reste sur nos écrans 3 documentaires très attendus : L’avocat de la terreur du grand cinéaste Barbet Schroeder, tournant autour du sémillant et intriguant Jacques Vergès. Qu’a-t-il fait pendant 8 ans aux alentours des années 70 ? Comment peut on défendre tour à tour Carlos, Anis Naccache, Barbie, et les héros des résistances anticolonialistes ? Sous le documentaire, de vrais interrogations et un réel suspens.

Puis le mercredi 11 juillet, We feed the world, de Erwin Wagenhofer, documentaire autrichien, interrogeant la consommation, la production de nourriture des européens et leur industrie agroalimentaire. Après Notre pain quotidien, en juin, un documentaire autrichien nous interroge à nouveau, cherche à nous faire réagir. La projection sera suivie d’un débat avec Laurent Reversat, porte parole de la Confédération Paysanne de l’Aveyron, et connaissant le sujet de l’intérieur. Répéter le succès de Notre pain quotidien est notre objectif. Nous comptons sur vous ! Notre salle a besoin de vous !




 
      newsletter juin 2007
 

Après Cannes….

Le palmarès du dernier festival de Cannes doit nous encourager, nous motiver car il vient confirmer de manière éclatante des choix courageux faits par l’équipe des Rencontres à la Campagne.

En effet, le festival tout en faisant la part belle aux grands noms : Wong Kar Wai, Tarantino, les frères Coen, Kusturica, Fincher, avait retenu en sélection un certain nombre de jeunes (ou moins connus) cinéastes représentant toutes les cinématographies vivantes de la planète. Dans un ensemble reconnu unanimement de grande qualité, ces auteurs de demain ont tiré leur épingle du jeu et se retrouvent projeter sur le devant de la scène, alors même que les grandes machineries hollywoodiennes ou françaises cherchent à écraser le marché avec leur combinaison excessives de salles : voir « Spider-man 3 », « Pirates des Caraïbes 3 », « Taxi 4 » ou bientôt le dernier Astérix….

Ces jeunes cinéastes ces cinématographies nouvelles, nous les avons soutenus et nous les avons fait découvrir au public de Rieupeyroux, lors des Rencontres de septembre ou en salle lors de nos chers jeudis ou mercredis. En effet en septembre 2003, le jeune cinéaste roumain Christian Mungiu était parmi nous pour présenter son 1er long métrage « Occident », découvert par Elisabeth Kerebel, au festival de Montpellier. Il a obtenu une palme faisant l’unanimité pour « 4 mois, 3 semaines et 2 jours ». Naomi Kawase a obtenu le prix spécial du jury pour « La forêt de Mogari ». Nous avions consacré une belle soirée du festival 2004 à son œuvre, avec en particulier « Shara », film qui nous dévoilait un Japon mystérieux, dans lequel modernité, fêtes traditionnelles, sentiments religieux, cohabitent harmonieusement. D’autres cinéastes remarqués comme Christophe Honoré et ses « Chansons d’amour », Sokurov et son « Alexandra », Zviaguintsev et « Le Banissement » («Izganie »), dont l’acteur principal a été couronné, mais aussi Bela Tar le Hongrois, Raphaël Nadjari pour Israël, Gus Van Sant et James Gray pour les Etats-Unis, tous ont vu leurs premiers films projetés à Rieupeyroux, parfois malheureusement devant des salles plutôt vides. Je me rappelle pourtant encore de la beauté sidérante de leur œuvre, de leur force (exemple : « Le soleil » de Sokurov, «Dans Paris » de Christophe Honoré en 2006, « Avanim » de Nadjari ou « Les Harmonies Werckmeister » de Tar, « Le retour » de Zviaguintsev), de leur nouveauté dans un cinéma pour ados, formaté à l’extrême (exemple : « Elephant » de Van Sant).

Oui, le public de notre chère salle a eu de la chance et ne me sentant pas responsables de ceux qui ne viennent pas découvrir ces grands films que l’on n’oublie pas, je pense que nous continuerons à faire un bout de chemin avec ces nouveaux talents et que tous ceux qui aiment le cinéma, tous ceux qui sont curieux, nous rejoindrons. Nous ne nous étions pas trompés mais nous ne tromperons pas !

Et pour ce mois de juin, une grande œuvre couronnée à Venise en septembre, est à l’affiche en fin de mois : « Still Life » de Jia Zhang Ke, immense jeune cinéaste chinois non académique. En 2005, nous avons pu découvrir « The World », son opus précédent, film d’un grand intérêt sur cette Chine qui nous intrigue et parfois nous inquiète. A travers ses personnages d’origine sociale, souvent modeste (ruraux déracinés travaillant dans les grandes villes côtières), Jia Zhang Ke nous parle de la Chine, des Chinois, de leurs rêves, de l’Occident, de la dureté de leur vie, de la déshumanisation des rapports sociaux, mais aussi affectifs, dans une société sous surveillance. Il le fait dans un langage cinématographique faisant une large part à toutes les sortes d’images qui nous entourent, nous construisent; des images miniaturisées (portables) aux larges plans de cinéma, de l’image numérique à la photo d’un vieux documentaire. Ses fictions parent de la Chine d’aujourd’hui (ici, le barrage des Trois Gorges), de cet « Ici et Maintenant », cher au Godard des années 70, du très grand et du très petit (l’homme, ses amours), du proche (le quotidien) et du lointain, de la difficulté à communiquer avec les nôtres, alors que les techniques nouvelles nous permettent de communiquer avec les autres ou plutôt les mêmes lointains. Jia Zhang Ke fait œuvre de démocratie en mettant au centre de ses fictions ce peuple chinois que l’on ne voit pas et n’entend pas, et auquel il donne une image plus grande, humanisant ce monstre froid capitalo-communiste du « modèle chinois ». A un an des Jeux Olympiques, un envers du décor de la modernité chinoise, que ce cinéaste interroge avec talent !

Bien sûr, il y aura d’autres découvertes intéressantes, comme le film d’Emmanuel Cau « Très bien merci », qui propose un parcours aussi absurde, qu’inquiétant dans la France moderne. Gilbert Melki, à peine échappé des griffes d’Isabelle Carré dans « Anna M », film solide et prenant, découvert ces jours-ci à Rieupeyroux, se retrouve cette fois au commissariat de police, puis à l’hôpital psychiatrique…sans raisons bien sûr !

Il y aura « Sempre Vivu », 1er film franco-corse de Robien Renucci, présent dans nos murs à l’initiative du Centre Culturel Aveyron Ségala Viaur. Renucci, acteur reconnu, passionné de théâtre, vu à Villefranche de Rouergue dans « Le pianiste » avec Michael Rudy, spectacle qui a fait l’unanimité, défend une politique d’éducation populaire, qui ne peut nous le rendre que plus attachant. Son travail avec ce village corse, cette fiction autour des traditions, nous avons hâte de le découvrir.

Les comédies familiales ont aussi leur place dans ce beau mois de juin. Nous avions oublié « Odette Toulemonde », vous la réclamiez et la voilà. Merveilleuse Catherine Frot, comédienne aimé des Français !

Nous retrouverons aussi Rowan Atkinson, et ses grimaces, son humour populaire dans « Les vacances de Mr Bean ». La télévision publique l’oublie, le cinéma nous le restitue tel qu’en lui-même ; ne le boudons pas !

Je n’ai pas oublié les deux grosses productions vedettes de ce printemps : « Spider man 3 » et « Pirates de Caraïbes 3 ». Ces séries semblent parmi les meilleures du genre et pour peu que les effets spéciaux ne soient pas omniprésents, peut-être y trouverons nous une évolution des personnages, une densité psychologique qui nous les rendent attachants ? Et puis, il y a Johnny Depp et Tobey Maguire, acteurs étonnants, capables de tout !!!

Pour la fin (la faim), j’ai gardé le meilleur des documentaires « Notre pain quotidien » de Nikolaus Geyrhalter , projeté le vendredi 8 juin à 20h45 et le dimanche 10. Ce documentaire, sans commentaires, met le spectateur face aux réalités des modes de productions agroalimentaires, des champs jusqu’aux abattoirs. Le réalisateur autrichien nous donne à voir une série de plans fixes qui ne peuvent que nous questionner sur les moyens de productions modernes. A noter que la projection du vendredi 8 juin se poursuivra par un débat et une intervention de Mme Mme Geneviève Cazes-Valette, professeur en Marketing et Technologie Agroalimentaires à l’ESC de Toulouse et expert auprès du Ministère de l'Agriculture

Rendez-vous donc ce vendredi pour un film surprenant. A noter que le 11 Juillet nous poursuivrons notre réflexion autours de la nouriture avec un autre documentaire autrichien, We Feed The world.

GP


 
      newsletter mai 2007
 


Quelques remarques sur une certaine tendance du cinéma français et...d'ailleurs


Les biopics ou les biographies de personnages célèbres envahissent les écrans : après "Ray", "The Aviator", "Truman Capote" aux USA, voici "Molière", "La Môme", "La Fontaine le défi", autant de grands noms que notre cinéma célèbre, espérant profiter de leur prestige, de leur place dans la coeur et l’imaginaire collectif culturel du public, pour attirer celui-ci et remplir les caisses. Le problème avec ces personnages illustres, ces « stars », c’est que leur vie, souvent connue, dépasse tout ce que l’on aurait pu imaginer et écrase l’œuvre, l’Art dont le cinéma a bien du mal à rendre compte. Leur art, leur génie, voilà le grand absent de ces films (syndrome Lagarde & Michard, tu frappes encore).

C’est évident avec "La Môme", film plutôt réussi, me semble-t-il, avec des choix de mise en scène intéressants (retours en arrière, retours en avant, parfois trop systématiques, il est vrai) qui permettent de donner corps à ce personnage de cinéma, en particulier lors des scènes concernant l’enfance, ou à la séquence plus attendue avec Cerdan. La vie extra-ordinaire de Piaf, ce destin « bigger than life » suffit à nous intéresser (voir "Ray", issu aussi des milieux populaires) ; sa voix bien restituée (très bonne B.O. du film !) et l’interprétation confondante de Marion Cotillard emportent l’adhésion du public.

Il en va autrement du "Molière" de Laurent Tirard qui choisit de combler un trou dans la biographie mal connue de l’auteur autour des années 1645-1650. Le scénario, reposant sur l’idée que Molière aurait rencontré des personnages et des situations qu’il aurait réinvestit dans ces grandes comédies 20 ans plus tard, me semble une idée assez stupide en soi, mais tenable du point de vue scénaristique. Le résultat, pour divertissant qu’il soit, ne me semble pas une réussite mémorable. Cette sorte de quizz culturel brassant des scènes du Bourgeois, du Tartuffe, du Misanthrope, sans oublier Scapin, l’Ecoles des femmes et peut-être d’autres non reconnues, repose aussi sur des clins d’œil humoristiques, anachroniques, décalés, chers à Canal+, qui ici, tombent à plat, et brouillent la figure même de Molière (exemple : le Colbertisme et les délocalisations sauvages en Chine, mis en parallèle totalement injustifiée du point de vue historique). Qu’Edouard Baer, désinvolte Dorante, tire son épingle du jeu dans ce drôle de film, rien de moins étonnant ! Pour le spectateur, sur le long terme ce serait plus surprenant que le film marque, laisse une trace. Romain Duris ne fera pas oublier Philippe Caubère dans le "Molière" d’Ariane Mnouchkine, qui savait, elle, de quoi elle parlait !

En attendant la Fontaine, nous retrouverons sur nos écrans Truman Capote dans "Scandaleusement célèbre", autour de la même période de sa vie, celle de l’écriture de son chef d’œuvre « De sang froid ». Ceux qui comme moi, ont aimé "Truman Capote" et l’interprétation de Philip Seymour Hoffman, seront curieux de retrouver cet acteur fascinant et cette genèse d’une œuvre marquante. Du biopic vous dis-je, nous n’y coupons pas. (Affaire à suivre donc ! Maradona arrive, ante mortem aux dernières nouvelles !)

Quant au cinéma français bien vivant, nous retrouverons beaucoup de ses meilleures affiches ce mois-ci

A tout seigneur, tout honneur, le dernier film du grand Jacques Rivette. Cinéaste phare de la nouvelle vague, de ces chères années 68, Rivette a traversé les modes, les genres et tracé une voie unique dans le cinéma d’auteur français. Quand il se confronte aux grandes œuvres littéraires, il peut être éblouissant et sa modernité rencontre, réactualise celle des œuvres adaptées. Je pense à "La religieuse" de Diderot, film interdit dans les années 60, 68, et pourtant grand film visible par tous, dont la liberté de ton et la splendeur formelle bouleversent encore. Je pense aussi à "La Belle Noiseuse", d’après Balzac déjà, film ambitieux sur la peinture, le modèle, la représentation, thèmes chers à l’univers de Rivette. De retour chez Balzac, Rivette adapte « La duchesse de Langeais » dans "Ne touchez pas la hache" avec Jeanne Balibar et Guillaume Depardieu. De leur passion amoureuse, Rivette ne peut que tirer un grand film ; des voix l’ont comparé à "Lady Chatterley", le meilleur film que j’ai vu depuis l’automne dernier. Alors, tous au cinéma ces 23 et 27 mai !

D’autres jeunes réalisateurs de comédies plus ou moins dramatiques sont au programme de ce joli mois de mai. C’est le cas de "La tête de Maman" de Carine Tardieu avec Karin Viar, de "J’attends quelqu’un"
de Jérôme Bonnel avec Daroussin et Emmanuelle Devos, films que l’on dit réussis, avec des scénarios originaux, ne tombant pas toujours dans le consensus mou, le happy end triste des comédies grand public. Nous irons le vérifier et pourrons aussi juger de ce côté-là très français, des comédies surmédiatisées comme "Ensemble c’est tout" de Claude Berri, d’après Anna Gavalda, avec Audrey Tautou et Guillaume Canet, et "Le prix à payer" d’Alexandra Leclère (Les sœurs fâchées en 2004) avec Clavier, Lanvin et Nathalie Baye. Le slogan vulgaire servant de bande annonce « Pas de cul, pas de fric » résistera-t-il à cette pression des producteurs populaires du consensus mou, du retour à l’ordre moral bienséant final ?

"Anna M", de Michel Spinoza avec Isabelle Carré et Gilbert Melki, un des acteurs les plus intéressants de ce temps (voir la trilogie de Belvaux ou "Les temps qui changent" de Téchiné), semble être plus original encore et son sujet fort plus intrigant. Laissez vous troubler par le charme inquiétant de la belle érotomane s’inventant une relation qui n’existe pas.
Peut-être poursuivrons nous cette exploration du jeune cinéma français avec le très attendu "Très bien merci" d’Emmanuelle Cuau en juin ? …toujours avec Gilbert Melki ?

Il reste à l’affiche pour les adolescents, les jeunes et leurs parents, deux films venus des USA : "300" d’après la BD de Frank Miller ( Sin City) et sa réécriture de la fameuse bataille des Thermopyles, film venu du Net, très attendu, très innovant, très esthétisée. Du grand spectacle à voir uniquement sur grand écran !

"Sunshine" annoncé comme l’un des films d’anticipation, de science-fiction, les meilleurs de l’année, envisage la mort du soleil et donc de l’espèce humaine pour 2057 ! Cela fait froid dans le dos en ces temps de réchauffement climatique angoissant.


J’ai gardé pour finir "Belle toujours " de Manoel De Oliveira, bientôt 100 ans et toujours vert. Le génial cinéaste portugais revient sur "Belle de jour" de Luis Buñuel et imagine la rencontre 38 ans après entre Husson (Piccoli) et Séverine (Deneuve remplacé par Bulle Ogier que nous retrouverons chez Rivette). Une rencontre, un dialogue qui ne manquent pas de sel et De Oliveira s’est toujours autorisé tous les dispositifs de mise en scène pour rendre compte de son univers symboliste et de celui surréaliste de Buñuel (les deux ont débuté en 1929 !). Que vive encore De Oliveira et ce magnifique cinéma d’auteur portugais dont nous attendons toujours la sortie d’"En avant Jeunesse" de Pedro Costa, film le plus innovant de Cannes 2006, toujours bloqué par les circuits de production, distribution. Jusqu’à quand ?


Cannes 2007 s’annonce pour cette fin du mois et c’est avec gourmandise que nous y pensons : "Volver", "Ping Pong", "Le vent se lève", "Marie Antoinette"….films qui ont été appréciés en 2006 et 2007, faisaient partis de la sélection du dernier festival.

En attendant, "Still Life" de Jia Zhang Ke, dont j’avais beaucoup aimé "The World" en 2005 à Rieupeyroux, sort sur les écrans et il me tarde de le découvrir, comme "Une jeunesse chinoise" de Lou Ye ou le film Sud Coréen de Im Sang-soo
"Le vieux jardin".

A quelques encablures des JO 2008, il faudrait bien s’intéresser à la Chine. Peut-être en juin ?

G.P


 
      Newsletter Avril 2007
 

Quelques retours en arrière...

....pour poursuivre une réflexion sur l’état actuel du cinéma. Lorsque la télévision fabriquait de la mémoire pour inverser l’aphorisme godardien, c’était lors des réalisations de Stelio Lorenzi, adaptant pour la TV publique, un roman populaire méconnu : « Jacquou le Croquant ». Cette dramatique série TV a inscrit dans la mémoire de millions de français, le destin tragique, la vie simple, miséreuse de ce fils de métayer, menant la révolte contre le comte de Nansac, tenant de la restauration des privilèges.

Le film de Laurent Boutonnat ne laissera gageons-le, que de l’oubli. En effet, il faillit là où Lorenzi avait gagné : installer un paysage, une ambiance, un mode de vie, installer des personnages en particulier le jeune Jacquou. Que propose-t-il ? Un spectacle, un affrontement, une confrontation de personnages oubliant souvent le roman de Le Roy, en changent radicalement les données. Certes du bruit, de la fureur, mais que peu d’émotions et aucune réflexion véritable sur les enjeux sociaux et politiques de la révolte du jeune Jacquou ; un oubli total de cette fatalité du malheur inscrite dans l’imaginaire chrétien de la paysannerie qui frappait si justement, dans le livre et la dramatique série TV.

Dommage donc ! Laurent Boutonnat compositeur, producteur des spectacles de Mylène Farmer, réalisateur de ses clips, propose une mise en scène spectaculaire de scènes bien rythmées, sans jamais donner corps et âme au moindre personnage.


De nombreuses sorties de films...

Notre cerveau est tout de suite libre pour voir d’autres films, vu le nombre pléthorique de sorties de mars et d’avril, étant donné l’appel constant à la consommation rapide des spectacles filmiques, on pourrait s’en réjouir, mais la profusion tue souvent la qualité et il va falloir être vigilant pour débusquer les films rares, marquants comme le « PingPong » de Matthias Luthardt ou « Le violon » de Francisco Vargas, dont on a envie de parler en sortant de la salle. Heureusement certains de ces films, peu exposés, le deviennent grâce au bouche à oreille qui les porte, aux prix qu’ils reçoivent dans les festivals.

C’était le cas du rafraîchissant « Little Miss Sunshine », ce qui l’est davantage encore pour « La vie des autres » de Florien Henckel Von Donnersmarck. Prix du meilleur film européen 2006 sur Arte, sa carrière en Allemagne et en France est tout à fait remarquable. Ce film très attendu, nous propose une plongée dans le monde triste et oppressant de la Stari, en ex RDA, dans un univers quotidien fait de restrictions, de surveillance intime, de délation pour tout artiste susceptible d’originalité, d’inventions non conformes. C’est bien plus intéressant que « Good bye Lenine », c’est plus fort, plus complexe. Un grand moment de cinéma politique et un grand acteur Ulrich Mühe, à découvrir en fin de mois.

Auparavant, nous aurons pu découvrir le dernier opus du danois Lars Von Trier, dont les films ne peuvent laisser indifférents, tant ils provoquent le spectateur, tout en proposant des manières nouvelles de penser la mise en scène. Depuis « Element of Crime », « Breaking the waves», film follement lyrique, jusqu’à « Dogville », sorte de fable théâtrale stigmatisant les excès du puritanisme et donc de la démocratie américaine, en passant par « Dancer in the dark », comédie musicale et mélo social flamboyant, Lars Von Trier poursuit une oeuvre dérangeante, qui interpelle. Cette fois-ci, c’est au monde du travail moderne qu’il s’attaque, dans « Direktor », avec humour paraît-il.

Nous vous proposons aussi le dernier et admirable film de Clint Eastwood « Lettres d’Iwo Jima », contrepoint vu du côté japonais d’un film que j’ai beaucoup aimé en décembre «Mémoires de nos pères ». Clint Eastwood réfléchit sur la guerre, sur le film de guerre, en proposant deux films autour de la même bataille sanglante, celle d’Iwo Jima à l’été 45. En adoptant les deux points de vue opposés, il dénonce les excès du nationalisme de l’impérialisme dans les deux camps. Son propos m’a paru étonnamment engagé pour une réalisateur dont on disait (il y a 20 ans, c’est vrai !) qu’il était un réactionnaire américain. C’est un grand metteur en scène avant tout et ses films de guerre puissants, splendides renvoient « Indigènes » de Bouchareb au rang de petit film TV à thème. Comme le bon vin, Eastwood vieillit bien !

Autre valeur sûre à l’affiche ce mois-ci, André Téchiné. Son dernier film « Les témoins » avec Emmanuelle Béart, Michel Blanc, Sami Bouajila entre autres, aborde le thème du sida et de ses ravages dans un milieu libre où hétéros et homos s’aiment passionnément. Téchiné est avant tout un grand directeur d’acteurs, de stars dont il obtient le meilleur (Deneuve, Depardieu, Auteuil, Béart…), mais aussi de jeunes talents comme Johan Libéreau ici, Elodie Bouchez, Gaspard Ulliel, Stéphane Morel….découverts dans ses films. C’est aussi un formidable réalisateur, s’entourant des meilleurs pour filmer un paysage, sa lumière, son potentiel dramatique.

Ce mois d’avril sera aussi l’occasion de découvrir le film de Valérie Guignabodet « Danse avec lui », un film dont le cheval est roi, dans lequel, outre Mathilde Seigner, on retrouvera avec plaisir, un comédien rare, l’excellent Sami Frey.

Pour les plus jeunes et pour tous les amoureux du fantastique et de l’humour, nous proposons « La nuit au musée », film ayant déjà attiré en France près de 3 millions de spectateurs, et bénéficiant d’un fort bouche à oreille.

Nous découvrirons aussi le « Molière » de Laurent Tirard, avec Romain Duris et Luchini, dans un genre sur lequel nous reviendrons bientôt dans cette rubrique, la biographie d’artistes célèbres dont la vie semble excéder l’Art, la puissance créatrice, ce qui peut paraître curieux. Ceux qui ont vu le remarquable « Molière » d’Ariane Mouchkine dans les années 85/90 se rappellent de cet hommage au théâtre, et de la composition stupéfiante de Philippe Caubère. C’est avec impatience que l’on attend Duris et Laurent Triard sur la vie de Molière.

N’oublions pas non plus la dernière grande réalisation de Zang Yimou « La cité interdite », film historique à grand spectacle, aux images somptueuses, sur une civilisation qu’il est urgent de découvrir, celle de la Chine médiévale.

Pour mai, nous aurons le choix, si j’en juge par les affiches qui s’annoncent : « Still Life » de Jia Zhang Ke, primé à Venise, « Ne touchez pas la hache », de Rivette, d’après Balzac et toujours des documentaires intéressants que nous essaierons de programmer pour mieux en débatte comme « Notre pain quotidien » sur la fabrication de notre alimentation. A bientôt !


 
      Newsletter Mars 2007
 


Quelques considérations sur l’état du cinéma !

Trop de films ? Il sortira cette année environ 700 films. Il est difficile de proposer, d’éliminer tout en gardant notre identité en osant parler d’auteurs, d’oeuvres, de culture au lieu de producteurs, produits et commerce (voir l’intervention de Pascale Ferran aux Césars ci-après).

Les problèmes posés
Cette intervention, cette sonnette d’alarme tirée par la talentueuse cinéaste m’a fait chaud au coeur. Elle a exposé avec clarté et dignité les problèmes actuels du 7ème art, de ses artisans, des choix de production faits. Elle a souligné la disproportion des moyens médiatiques privés et publics dont disposent les films. Assurer une visibilité, une longue vie aux films les moins « bancables », c’est un enjeu vital pour tous les artisans du cinéma ! C’est notre mission de salle subventionnée, prônant une culture de qualité, accessible à tous ! (voir, par exemple, l’excellent « Lady Chatterlay », oeuvre linéaire, classique, maîtrisée, plaidoyer efficace pour les films de qualité et pour le cinéma français).

Le bonheur est-il toujours dans le pré ?
Oui, pour le film de Pascale Ferran et ses héros : les prés, la forêt, la nature du Limousin admirablement bien éclairés.
Non, pour l’ensemble de la production cinématographique courant aux basques de la télévision, pour laquelle le bonheur semble être dans le près, le proche, le même et parfois même dans le prêt à voir, le prêt à digérer, le prêt à oublier, antinomiques du cinéma de qualité.
Godard disait que « le cinéma fabrique de la mémoire là où la télévision fabrique de l’oubli ». Il était là au coeur du débat actuel. L’oubli en marche permet de proposer des « sequels », des séries de fiction se superposant, s’empilant en s’annulant, des sortes de suite...tendance bien réelle du cinéma commercial.

Un beau mois de mars
Pour échapper à cette uniformisation simplificatrice du monde, pour retrouver « l’autre », pour découvrir des univers inattendus, la programmation de ce mois-ci est pleine de promesses avec des oeuvres de grande qualité, venant de cinématographies différentes :
« Ping-Pong », 1er film de Matthias Luthard, cinéaste élégant réussissant à installer une tension physique inquiétante entre des personnages en quête de leur vérité et dirigeant un jeune acteur exceptionnel, Sébastien Urzendowsky (Paul).
« Inland Empire » de David Lynch, très attendu après l’intriguant « Mulholand Drive ». Lynch revient avec son monde d’images inquiétantes, oniriques, sa virtuosité de plasticien moderne (voir expo à la Fondation Cartier à Paris), sa capacité à créer le trouble, à dérouter, à provoquer notre imaginaire.
« Le dernier des fous » de Laurent Achard, film français récompensé par les participants au prix Louis Delluc, film choc dans un ensemble de comédies bourgeoises souvent convenues. La famille dans sa version tragique.
Enfin , dès ce week-end, le très attendu « Little Miss Sunshine », film USA à petit budget, indépendant, ayant sur le long temps (7 mois déjà depuis sa sortie) trouvé un public populaire et une reconnaissance qui nous ravissent. Sacrée famille que celle des Hoover, sacré little star que la petite Olive !
Le programme fait aussi la part belle aux grosses productions de prestige, comme « Jacquou le Croquant », dont la télévision publique nous avait donné une sublime version, grâce à Stellio Lorenzi. Qu’en aura fait le producteur, musicien, réalisateur de Mylène Farmer ?  Nous le saurons bientôt.
De même, « Rocky Balboa » de et avec Sylvester Stallone, permet de retrouver le légendaire boxeur, et « Taxi 4 » de retrouver Marseille et ses deux héros en mal d’aventures captivantes !
« La Môme » qui triomphe partout, clôturera ce mois, avec un moment d’émotion, un personnage de légende, un film qu’on espère à la hauteur des chansons éternelles de cette figure immense de notre patrimoine musical.

A ne pas oublier  « La vérité qui dérange » de David Guggenheim et Al Gore, Oscar du meilleur documentaire suivi d’un débat avec Pierre Barriac, un militant du pays, passionnant et impressionnant dès qu’il parle d’énergies renouvelables... Il pleut, alors allons tous au cinéma !



Discours de Pascale Ferran à la Cérémonie des Césars 2007

Nous sommes nombreux dans cette salle à être comédien, technicien ou réalisateur de cinéma.

C’est l’alliance de nos forces, de nos talents et de nos singularités qui fabrique chaque film que produit le cinéma français.

Par ailleurs, nous avons un statut commun: nous sommes intermittents du spectacle.
Certains d’entre nous sont indemnisés, d’autres non; soit parce qu’ils n’ont pas travaillé suffisamment d’heures, soit, à l’inverse, parce que leurs salaires sont trop élevés pour être indemnisés dans les périodes non-travaillées.
C’est un statut unique au monde. Pendant longtemps, il était remarquable parce qu’il réussissait, tout en prenant en compte la spécificité de nos métiers, à atténuer un peu, un tout petit peu, la très grande disparité de revenus dans les milieux artistiques. C’était alors un système mutualisé. Ils produisaient une forme très concrète de solidarité entre les différents acteurs de la chaîne de fabrication d’un film, et aussi entre les générations.
Depuis des années, le MEDEF s’acharne à mettre à mal ce statut, en s’attaquant par tous les moyens possibles à la philosophie qui a présidé à sa fondation.

Aujourd’hui, il y est presque arrivé. De réformes en nouveau protocole, il est arrivé à transformer un système mutualisé en système capitalisé. Et cela change tout. Cela veut dire, par exemple, que le montant des indemnités n’est plus calculé sur la base de la fonction de son bénéficiaire mais exclusivement sur le montant de son salaire. Et plus ce salaire est haut, plus haut sera le montant de ses indemnités.
Et on en arrive à une absurdité complète du système où, sous couvert de résorber un déficit, on exclut les plus pauvres pour mieux indemniser les plus riches.

Or, au même moment exactement, à un autre bout de la chaîne de fabrication des films, d’autres causes produisent les mêmes effets. Je veux parler du système de financement des films qui aboutit d’un côté à des films de plus en plus riches et de l’autre à des films extrêmement pauvres.
Cette fracture est récente dans l’histoire du cinéma français.
Jusqu’à il n’y a pas si longtemps, ce qu’on appelait les films du milieu - justement parce qu’ils n’étaient ni très riches ni très pauvres - étaient même une sorte de marque de fabrique de ce que le cinéma français produisait de meilleur.
Leurs auteurs - de Renoir à François Truffaut, de Jacques Becker à Alain Resnais - avaient la plus haute opinion des spectateurs à qui ils s’adressaient et la plus grande ambition pour l’art cinématographique. Ils avaient aussi, bon an mal an, les moyens financiers de leurs ambitions.
Or, ce sont ces films-là que le système de financement actuel, et en premier lieu les chaînes de télévision, s’emploient très méthodiquement à faire disparaître.
En assimilant les films à vocation artistique aux films pauvres et les films de divertissement aux films riches, en cloisonnant les deux catégories, en rendant quasi impossible pour un cinéaste d’aujourd’hui le passage d’une catégorie à une autre, le système actuel trahit l’héritage des plus grands cinéastes français. Et leur volonté acharnée de ne jamais dissocier création cinématographique, point de vue personnel et adresse au plus grand nombre. Ce faisant, il défait, maille après maille, le goût des spectateurs; alors même que, pendant des décennies, le public français était considéré comme le plus curieux, le plus exigeant, le plus cinéphile du monde.
Ici comme ailleurs, la violence économique commence par tirer vers le bas le goût du public puis cherche à nous opposer. Elle n’est pas loin d’y arriver.

Les deux systèmes de solidarité - entre les films eux-mêmes et entre ceux qui les font -, ces deux systèmes qui faisaient tenir ensemble le cinéma français sont au bord de la rupture.
Alors peut-être est-il temps de nous réveiller.
Peut-être est-il temps de nous dire que notre amour individuel pour le cinéma, aussi puissant soit-il, n’y suffira pas.
Peut-être est-il temps de se battre, très méthodiquement nous aussi, pour refonder des systèmes de solidarité mis à mal et restaurer les conditions de production et de distribution de films qui, tout en donnant à voir la complexité du monde, allient ambition artistique et plaisir du spectacle.
Nous n’y arriverons pas, bien sûr, sans une forme de volonté politique d’où qu’elle vienne. Or, sur de tels sujets, force nous est de constater que celle-ci est désespérément muette.
Mais rassurons-nous. Il reste 55 jours aux candidats à l’élection présidentielle pour oser prononcer le mot «culture».


 
      Newsletter Février 2007
 


La programmation de février est l’occasion pour moi de rappeler quelques valeurs, quelques lignes directrices, auxquelles nous sommes attachés et sur lesquelles nous nous appuyons pour construire une programmation et donner de la cohérence à l’ensemble de nos actions.

Prendre en compte tous les publics, en diversifiant l’offre d’œuvres, tant du point de vue du genre, que de l’origine des films programmés
Ainsi les vacances de février seront l’occasion pour les enfants de découvrir deux films d’animation français, originaux et drôles : Piccolo, saxo et cie et U de Serge Elissade dont on nous dit le plus grand bien.
Pour les ados, nous les invitons à venir découvrir Eragon de Stephen Fougmeier et ces « nouveaux anciens » mondes ; mais aussi La faute à Fidel de Julie Gavras, dont l’héroïne âgée de 9 an, découvre le monde militant des grands, dans les années 70.
Par notre travail, pour impulser et coordonner le dispositif Ecole et Cinéma, nous avons donné une autre dimension  à cette prise en compte du jeune public, à sa formation. Avec les écoles, ils ont découvert et vont découvrir des œuvres du patrimoine cinématographique mondial : films de Tati, de Chaplin, de Tim Burton, de Flaherti, de Grimaud. Ce sont les spectateurs de demain et nous devons les gâter.


Défendre un cinéma d’auteurs reconnus proposant des œuvres de qualité
C’est le cas ce mois-ci, des cinéastes s’attaquant à des genres qu’ils maîtrisent comme Scorcese et ses Infiltrés, ou qu’ils abordent pour la 1ère fois, comme Verhoeven de retour en Hollande se confrontant avec l’histoire de son pays durant la seconde guerre mondiale. On peut considérer le mexicain Inàrrita comme un auteur qui s’est imposé en trois films (Amours Chiennes, 21 grammes et Babel). Babel a été primé à Cannes, retenue aux Golden Globe et aux Oscars, ce drame intercontinental et aux révélations de l’année.
Ces grands auteurs sont aussi de grands directeurs d’acteurs comme en témoignent les affiches : Dicaprio, Nicholson, Matt Damon, Carice Van Houten, Brad Pitt, Kate Blanchett… Quel Plaisir de les retrouver !

Faire découvrir de nouvelles cinématographies (de futurs auteurs)....
Afin de proposer des images autres, de s’ouvrir à d’autres cultures, à toutes le différences.

En ces temps de mondialisation uniforme et appauvrissante, c’est un devoir que de monter ces « ailleurs » parfois très proches.
Ce mois-ci ce sera l’Afrique et le Tchad dans Daratt (saison sèche), mais aussi Le Violon du cinéaste mexicain Vargas. Ces deux films ont été remarqués par le public des festivals, à défaut des grosses maisons de production ou de distribution. Croyez en les membre de notre équipe qui les ont vus, venez les découvrir.

En ces temps d’uniformisation des goûts, des habitudes, en ces temps de recherches frénétiques du même, en ces temps troubles où il n’y a plus de place pour une critique libre et une distribution équitable des films, il me semble de notre devoir de citoyen engagé de présenter des œuvres variées, des univers plastiques innovants, faisant éclater le cadre étroit des fictions et séries télévisuelles, ou des produits formatés prêt à consommer et à être oubliés.
Tout le monde a le droit au meilleur, au plus beau, tout le monde peut goûter ces œuvres, même quand elles dont exigeantes. Il ne peut y avoir d’élitisme, quand il y a éclectisme. Ce sont ces rencontres entre les œuvres et leur public dont nous voulons être les passeurs. Oui, l’éclectisme est aussi humanisme.
 

Guy Pezet
Vice président de l’association Rencontres...à la Campagne


 
      Newsletter Janvier 2007
 


Amis des Rencontres…à la campagne et du cinéma de Rieupeyroux

La Fin de l’automne est depuis quelques années, le moment choisi par les distributeurs pour proposer des œuvres majeures présentées dans les grands festivals (Cannes, Venise). Ainsi avons-nous projeté en décembre les derniers opus de Clint Eastwood, Brian de Palma, Woody Allen et les fidèles des jeudi et lundi, ont-ils pu découvrir le très beau film italien Libéro, ou le provocant et Hilarant Borat… Beaucoup de plaisir donc pour les fêtes.

Janvier nous promet d’autres grands moments de cinéma avec des films qui font déjà référence comme Lady Chatterley de Pascale Ferran, Prix Louis delluc 2006, ou Cœurs d’Alain Resnais, primé à Venise, mais aussi des films de jeunes cinéastes venus de tous les horizons et jouant avec tous les genres : The Host, comédie fantastique monstrueuse du Sud Coréen Joon-Ho Bag, Shortbus comédie dramatique libérée venue du cinéma indépendant, Café Transit de l’iranien Cambosia Partovi, film engagé autour de la question féminine en Iran.

Janvier sera aussi l’occasion de découvrir le dernier James Bond, Casino Royal, film plus ambitieux que les précédents de la série, ou le premier film de l’incontournable Roshdy Zem, Mauvaise foi, comédie sociétale toute en sensibilité.

Une programmation variée donc, éclectique bien sur ce qui est, de nos jours, gage d’ambition et de qualité ! Toutes les cinématographies, tous les genres nous intéressent et souvent nous interpellent. Cette ouverture au monde, à travers le cinéma a toujours été l’ambition des Rencontres…à la Campagne. Elle nous pousse aussi, à travers la mise en route du réseau de promotion et de diffusion de production audiovisuelle en régions à promouvoir des œuvres de proximité, tournées dans notre région.

Ce sera le cas lors de la soirée exceptionnelle du 12 janvier, avec la projection de 3 films de Jacques Mitsch. Cet ami fidèle du festival, voisin toulousain ayant vécu à Villefranche de Rouergue, sera présent et pourra répondre à toutes les réactions.

Ouverture sur le monde d’ici et d’ailleurs, échanges, rencontres, autant de mots clefs pour l’équipe des Rencontres, heureuse de vous souhaiter une bonne année cinématographique.....




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