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      NEWSLETTER FIN 2013
 

Un palmarès attendu ?... et sans grande surprise, me semble-t-il.
1. La vie d’Adèle de Abdellatif Kechiche (France)
2. L’inconnu du lac de Alain Guiraudie (France)
3. Shokuzaï de Kiyoshi Kurosawa (Japon)
4. Mud - sur les rives du Mississipi de Jeff Nichols (Etats-Unis)
5. Spring Breakers de Harmony Korine (Etats-Unis)
6. Lincoln de Steven Spielberg (Etats-Unis)
7. La vénus à la fourrure de Roman Polanski (France)
8. La bataille de Solférino de Justine Triet (France)
9. Tel père, tel fils de Hirokazu Koreeda (Japon)
10. Promised land de Gus Van Sant (Etats-Unis)
Donc, une grande année pour le cinéma français avec deux films phares, ayant pour point commun d’aborder la question homosexuelle frontalement, en cette année du tant contesté "mariage pour tous".
Abdellatif Kechiche, sans doute le plus digne héritier de Maurice Pialat, a réalisé une œuvre pleine de fougue et de maîtrise autour de la figure montrée en gros plan pendant 3h d’Adèle. L’énergie libidinale, l’attraction des corps des héroïnes d’Abdellatif Kechiche, n’a rien a envier à celles des héros d’Alain Guiraudie ou des adolescentes du film d’ Harmony Korine. Mais le film vaut aussi par tout ce qu’il excelle à montrer et qui constitue La vie d’Adèle : le lycée, les amitiés tumultueuses, le désir de transmission des savoirs de l’héroïne. Abdellatif Kechiche révèle aussi le talent inouï de la jeune Adèle Exarchopoulos. Et ce n’est pas rien, tant l’actrice crève l’écran de ce film "bigger than life".
Chez Alain Guiraudie, où triomphe le plan d’ensemble et une rigueur classique de la narration (unité de lieu, unité d’action autour des mêmes personnages et presque unité de temps), c’est l’efficacité de ce dispositif qui fascine et donne toute sa force universelle à un récit loin du fait divers auquel on pourrait le réduire. L’attirance morbide et la soif d’interdit du jeune homme solitaire ne peuvent être comblées que par Michel l’homme/le silure du lac. Loin de toute psychologie bêtifiante, le film d’Alain Guiraudie prend une dimension quasi-mythologique.
Le cinéma français a révélé aussi des jeunes auteurs de comédie en phase avec leur époque. Leurs comédies aux tonalités originales m’ont le plus souvent séduit, en particulier La bataille de Solférino de Justine Triet, avec la valeur montante du cinéma "indé" français : Vincent Macaigne dont j’ai déjà souvent parlé en 2012 et que l’on retrouvera avec plaisir bientôt en 2014. J’aurais pu intégrer à mon palmarès La fille du 14 juillet de Antonin Peretjatko ou Tip Top de Serge Bozon ou même Les rencontres d’après minuit de Yann Gonzalez, le plus novateur peut-être d’entre tous, mais j’ai préféré La bataille de Solférino et son évidence agaçante : oui, nous avons bien changé d’époque et quel qu’en soit le contexte politique, c’est bien notre moi, nos affects, nos individualités bousculées qui prennent la première place, qui comptent.
Le film de Roman Polanski vient clôturer cette bonne année cinématographique française de la plus belle des manières. La vénus à la fourrure fascine par son ambiguïté, par la confrontation de deux grands acteurs, par la qualité d’un dialogue sans faiblesse, qualité rare que l’on pouvait retrouver à un degré moindre chez Arnaud Desplechin et son Jimmy P. Mathieu Amalric confirme qu’il est bien un des acteurs les plus doués du cinéma français, comme chez les actrices, Sandrine Kiberlain (Tip Top et 9 mois ferme) ou Emmanuelle Devos (Le temps de l’aventure et La vie domestique) et bien sûr, Isabelle Huppert (Tip Top et le film de Marco Bellochio, La belle endormie). Rendez-vous pour les césars !
Quatre films américains figurent aussi dans mon classement. Steven Spielberg et son Lincoln, film historique classique porté par le très grand Daniel Day Lewis. Promised Land de Gus Van Sant confrontant Matt Damon au monde rural profond des régions impactées par l’exploitation du gaz de schiste. Loin des fictions urbaines pleines de violence, d’action, d’ébats et de débats autour de la cellule familiale, loin du monde des séries cultes ou pas, Gus Vans Sant, comme il y a peu Sean Penn (Into the wild), comme Jeff Nichols et son Mud, comme Prince of Texas ou Les bêtes du sud sauvage, pour ne citer que de très bons films, semble aller chercher son salut narratif dans l’espace rural d’états oubliés des grosses productions hollywoodiennes. C’est cette inscription dans la nature parfois sauvage que réussit Mud, film d’aventures renouant avec une tradition ancienne du cinéma américain, confrontant un adolescent aux adultes cabossés qui l’entourent et à l’exploration d’univers inconnus. Le film de Harmony Korine, Spring Breakers, me semble aussi très intéressant avec son esthétique fluo moderne, son flux d’images, de sons étourdissants et ses héroïnes lâchées dans une sorte de jungle où règne un drôle d’Alien (James Franco méconnaissable), figure autorisant aux plus courageuses et écervelées de ces jeunes filles une véritable transgression, n’apportant pas le plaisir recherché.
Deux films japonais prennent place dans mon top ten. Shokuzaï, film en deux parties nous plongeant au cœur de surprenantes familles japonaises, à la suite de jeunes héroïnes témoins ( ?) du meurtre de leur jeune amie et devant faire face à la quête ambiguë de la mère de la victime. C’est souvent dérangeant, mais efficace, fort, marquant. La comédie familiale Tel père, tel fils a clôturé agréablement le festival. Là aussi, à travers les deux enfants, nous plongeons au cœur de la famille japonaise, mais cette fois avec beaucoup d’humour, d’élégance pour un film très réussi. Avec Still Walking et Nobody knows, le réalisateur avait déjà figuré dans mon palmarès.
Parmi les bons films vus à Rieupeyroux cette année, je signale aussi La danza de la realidad de Alejandro Jodorowsky, de retour à son meilleur après environ trente ans de silence cinématographique. De même, La belle endormie de Marco Bellochio interrogeant son pays à travers une question de société sur la fin de vie et le film portugais d’ouverture du festival Les liens du sang de João Canijo.
Je reviendrai, au moment des Oscars sur Gravity, beau film de science-fiction vu en 3D avec beaucoup de plaisir…

Et pour les fêtes, me direz-vous ? Pour les fêtes et le début de l’année, de bons moments de cinéma pour tous avec bien sûr des films pour les enfants comme le Disney de l’année, La reine des neiges, mais aussi Belle et Sébastien de Nicolas Vanier. C’est une reprise filmographique tardive d’un feuilleton télé populaire des années 60-70, autour de la rencontre entre un chien Belle et le jeune Sébastien. Cécile Aubry et son fils Medhi ont bien sûr passé la main, mais le petit Medhi prend part à ce drôle de projet. A quand le retour de Thierry la fronde ?
Pour les ados et leurs parents nourris aux fictions de Tolkien, The hobbit la désolation de Smaug, dont je ne sais la place dans la saga, constitue un passage ciné obligé. Peter Jackson (le multi-oscarisé du Seigneur des Anneaux) est aux commandes avec d’énormes moyens et la 3D qui s’impose là encore.
Pour ceux qui aiment les suites, Casse-tête chinois de Cédric Klapish avec Romain Duris quasi-quarantenaire, qui n’est toujours pas sorti de l’auberge, pris entre plusieurs poupées plus américaines que russes. Il faut aimer retrouver Audrey Tautou, Cécile de France et ce cher Romain dans un New-York de comédie. On y court en traînant les pieds.
Ancrés dans leur époque et porté par l’actualité, au début du mois de janvier, nous pourrons découvrir La marche de Nabil Ben Yadir avec Jamel Debbouze et Olivier Gourmet. C’est la marche pour l’égalité et contre le racisme des jeunes français des banlieues en 1983 que raconte ce film. C’est un formidable témoignage des attentes d’une époque, un film chaleureux, salutaire en ces temps de repliement identitaire. Je ne parlerai pas de Mandela : un long chemin vers la liberté qui est adapté des mémoires de ce grand homme africain, dont le sinistre Sarko avait dit qu’il n’était pas assez entré dans l’histoire (Dakar). Puisse toute la pluie reçue, lui avoir clarifié les idées sur l’homme et le continent africain.
Je garde pour la bonne bouche (réveillon oblige !) The immigrant de James Gray, un de mes cinéastes américains préférés. Depuis Little Odessa, en passant par The yards, La nuit nous appartient ou Two lovers, James Gray a développé un univers cinématographique original, marqué par ses origines russes et sa réflexion constante sur les cultures communautaires de New-York. Ici, il revient sur l’arrivée des émigrés européens sur le sol américain, sur Ellis Island, l’île de l’espoir mais aussi des larmes. C’est cette intégration difficile des immigrés qu’il évoque à travers le destin d’Eva et Magda, jeunes polonaises confrontées à la réalité américaine. Eva rencontre Bruno, un souteneur qui la fait se prostituer… On dit que le récit emprunte beaucoup à l’univers dostoïevskien et ceci n’est pas pour me déplaire. Les personnages ne sont pas condamnés à être mauvais ou bons; ils peuvent évoluer, changer. Toute rédemption est possible et toutes les voix, les voies narratives, méritent d’être explorées. Le roman dostoïevskien est dialogique par essence. Ici, Marion Cotillard, superbement photographiée, fait face à son destin et à Joaquin Phoenix, l’acteur fétiche de James Gray, un des plus grands acteurs américains des années 2000 avec Matt Damon et Leonardo Di Caprio (voir The master de Paul Thomas Anderson). Un film splendide à ne pas manquer !
Je reviendrai début janvier sur d’autres choix auxquels nous tenons : Rêves d’or, Le démantèlement, le dernier Philippe Garrel, La jalousie, et A touch of sin de Jia Zhang Ke, l’immense cinéaste chinois de ce début du XXIème siècle.
Par contre, je ne peux oublier Heimat I et II qui seront projetés en VO le samedi 4 janvier 2014 lors d’une soirée exceptionnelle mêlant convivialité et art. Ce sera bien sûr l’occasion pour tous les amis des rencontres de se retrouver dès 18 h autour d’un apéritif dînatoire pour les vœux et ensuite découvrir l’œuvre d’Edgar Reitz, chaudement recommandée par l’équipe des rencontres. Heimat, chronique d’un rêve et l’exode se déroule en 1842-1844 dans une Allemagne rurale, pauvre, miséreuse, que quittent des milliers d’émigrants pour l’attractive Amérique du Sud. Ce rêve d’un ailleurs meilleur est porté par Jakob, le fils cadet de la famille Simon, que nous suivons à travers ces coups du sort, son histoire bouleversée et bouleversante. La qualité de la reconstitution et la précision du travail de mise en scène peuvent faire penser au travail de Georges Rouquier sur la geste paysanne aveyronnaise à travers Farrebique et Biquefarre. Edgar Reitz avait proposé une série télé de qualité du nom d’Heimat dans les années 1990, dont l’histoire se déroulait au XXème siècle, dans un village de Rhénanie, confronté au nazisme puis à la réunification (série vue partiellement sur arte). Nous retrouvons ici le même village et la même volonté de brasser histoire et destin des familles, des individus, mais au cœur du XIXème siècle. Une œuvre de grande qualité à découvrir. Une pause gourmande surprise aura lieu entre les deux films avec boissons chaudes dont le fameux vin chaud cher au cœur et au corps de tout allemand qui se respecte lors des traditionnels marchés de Noël. Un premier grand moment donc pour tous les amis, bénévoles spectateurs des rencontres que ce samedi 4 janvier. A vous d’en faire une réussite !

A bientôt et Bon Noël…

Guy Pezet


 
      NEWSLETTER DECEMBRE 2013
 

Coucou, me revoilou ! Milles excuses aux accros, mais je ne trouvais plus le temps pour… alors que tout de même, l’automne ciné nous a valu son lot de bons films ou même de très bons films.

A tout seigneur, tout honneur : La vie d’Adèle ! C’est la confirmation évidente du talent rare d’un cinéaste majeur des années 2000, Abdellatif Kechiche qui, avec L’esquive puis La graine et le mulet, mais aussi Vénus noire, avait déjà pris une place de choix dans le ghota du cinéma mondial. Pour celles et ceux qui ne l’auraient pas vu, il faut y courir. Il fera bien sûr partie du Festival Télérama et sera en lice aux Césars, ce qui lui vaudra, je n’en doute pas, une nouvelle exposition sur les écrans. J’y reviendrai au moment de mon palmarès annuel !
C’est aussi la confirmation de la bonne santé du cinéma français, car, avec L’inconnu du lac d’Alain Guiraudie, nous tenons là deux œuvres majeures, en prise avec leur temps, assez radicales dans leurs choix, mais différentes par leur esthétique.
De même, j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir plusieurs jeunes films français : comédies drôles, parfois féroces, comme Tip Top de Serge Bozon ou La fille du 14 juillet de Antonin Peretjatko, comédie plus dramatique mais au ton tout aussi novateur avec La bataille de Solférino de Justine Triet, et drame avec Grand central de Rebecca Zlotowski et sa plongée documentée dans le cœur d’une centrale nucléaire.
Je n’ai pas vu 9 mois ferme d’Albert Dupontel et son drôle d’univers habité par Sandrine Kiberlain, actrice de l’année peut-être ! Malgré Emmanuelle Devos, toujours excellente, je mettrai un peu au-dessous de ces films La vie domestique d’Isabelle Czajka, même avec un premier quart d’heure hilarant.
En dehors de ces réussites, quelques autres films marquants comme La danza de la realidad de Alejandro Jodorowsky s’améliorant encore en vieillissant, ou simplement réussis comme Ma vie avec Liberace de Steven Soderbergh ou Omar d’Hany Abu-Assad marquant la révélation d’un acteur au potentiel glamour indéniable, Adam Bakri, quand bien même ce film palestinien n’a que peu à voir avec le glamour.
J’en passe et des moins bons pour commenter les films à l’affiche au mois de décembre. Il y a du lourd sur les écrans (grands réalisateurs, castings d’enfer, gros moyens…).

C’est le cas du film d’animation Ma maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill à l’affiche du ciné-goûter trimestriel. Ce film a été remarqué et primé au Festival du film d’animation d’Annecy, qui devient une référence du genre. C’est l’histoire touchante du petit Jean, de sa famille, et d’un premier trimestre.
C’est sans doute le cas de la comédie attendue par tous du sociétaire Guillaume Gallienne adaptant au cinéma sa pièce à succès : Les garçons et Guillaume, à table ! Capable de tout jouer, Guillaume Gallienne a réussi son passage à la mise en scène de théâtre, et maintenant de cinéma, si j’en crois les premiers chiffres et la majorité des critiques. Ce film est drôle, pour une grande partie autobiographique et Guillaume Gallienne est époustouflant, en particulier dans le rôle de sa mère…
Plus original, plus dramatique sans doute, un premier film détonnant Les rencontres d’après minuit de Yann Gonzales. Un sujet "scandaleux" comme seul en ose le meilleur cinéma français (Kechiche, Guiraudie…), une envie de cinéma bien réelle et remarquée par les critiques les plus exigeants à Cannes. Yann Gonzalez, pour orchestrer cette drôle d’orgie, s’est entouré d’un casting surprenant où l’on retrouve Béatrice Dalle, la sulfureuse, Eric Cantona en super étalon, le jeune Alain-Fabien Delon, fils de …, pour la première fois sur les écrans, Nicolas Maury, Niels Schneider, acteur de théâtre déjà vu chez Xavier Dolan et ses amours imaginaires… Une galerie de personnages formant une communauté nocturne, semble-t-il assez alléchante et fréquentable. A découvrir donc avant les fêtes !
Je n’oublie pas dans ce panorama du prolifique cinéma français Quai d’Orsay de Bertrand Tavernier, dont on m’a beaucoup parlé. C’est l’adaptation d’une BD culte, évoquant les dessous et la fabrique de la politique étrangère française sous le flamboyant De Villepin. Une comédie politique donc, avec Thierry Lhermitte pour incarner le ministre. Un choix qui peut surprendre mais va me pousser à faire le détour vers ce Quai d’Orsay où l’on retrouve l’excellent Niels Arestrup et Raphaël Personnaz en jeune loup du cinéma français. Où sont les femmes ?

Nous avons retenu aussi un documentaire, Il était une forêt de Luc Jacquet, sur une idée de Francis Hallé. Nous sommes soucieux de programmer des documentaires et plusieurs de ceux sortis récemment ont retenu notre attention. Qu’ils concernent l’amiante, le programme politique de la résistance, ils nous intéressent et nous les retrouverons peut-être en d’autres occasions dans notre salle, mais, c’est ce beau travail de Luc Jacquet sur les dernières grandes forêts tropicales que nous avons mis au cœur du gris et blanc de décembre, nous qui sommes déjà en manque de chlorophylle et, quant à moi, dans ma campagne désolée, de grand arbres.

Et le cinéma US me direz-vous ? Il n’est pas oublié, et, dès cette semaine, deux grands films sont à l’affiche : Gravity d’Alfonso Cuaron et Inside Llewyn Davis des frères Coen.
Gravity, film ambitieux de science-fiction, à voir en 3D tant les images sont splendides et la maîtrise technique incontestable (depuis Avatar de James Cameron, on attendait un grand film en 3D !) Gravity s’inscrit dans la lignée de 2001, L’odyssée de l’espace de Stanley Kubrick et de Solaris de Andreï Tarkovski, films de sience-fiction, capables d’aborder magistralement de grandes questions métaphysiques. Le propos est-il à la hauteur de ces références magistrales ? Nous le saurons tous en plongeant avec Sandra Bullock et Georges Clooney dans l’espace sidérant de Gravity.
Avec Inside Llewyn Davis, ce sont les frères Coen que nous retrouvons dans un genre inhabituel pour eux, le biopic musical d’un looser de la scène folk new-yorkaise d’avant Dylan. Ce film, à la mise en scène sophistiquée, a valu aux deux frères de recevoir le Grand Prix à Cannes. C’est que leur art de la mise en scène s’y déploie avec autant de naturel que dans leur travail plus parodique sur le thriller (Miller’s crossing, Fargo, No country for old men), ou sur les westerns (True Grit). C’est que la figure du looser leur est familière et que leurs comédies, quelle que soit leur tonalité, nous ont déjà proposé, depuis The big Lebowski jusqu’à A serious man, un travail distancié mais empathique sur de tels personnages. Avec leur connaissance hors norme de la culture new-yorkaise, ils rendent ici compte de cette scène folk d’avant Dylan avec une sorte d’humour tendre. Un grand film à voir en famille !

J’ai gardé pour la fin un film français que l’on doit à Roman Polanski, le plus américain des cinéastes européens travaillant en France. Avec La vénus à la fourrure, adaptation d’une pièce de David Ives s’inspirant de façon critique du récit de Sacher-Masoch, Roman Polanski réfléchit sur les rapports de pouvoir entre homme et femme dans le dispositif de soumission cher à celui-ci. Ici, c’est une femme comédienne qui prend le pouvoir sur l’homme et ne le lâche pas. Et cette femme, c’est la propre femme de Roman Polanski, la trop rare Emmanuelle Seigner qui l’interprète avec une finesse de jeu dont semble dépourvu le plus souvent sa sœur lourdingue Mathilde. Quant au metteur en scène qui lui fait face, il est interprété par Mathieu Almaric, acteur à mon avis remarquable, gage de qualité des films dont il tient l’affiche, tant il ne travaille qu’avec de grands réalisateurs (voir ses prestations chez Desplechin). Une comédie d’envergure donc que cette "Vénus in furs", titre d’un texte et d’une chanson remarquable de Lou Reed, dans un premier album cultissime du Velvet Underground. Un hommage donc et une splendide coïncidence.

Enfin, une comédie dramatique US, Prince of Texas de David Gordon Green, cinéaste auréolé de l’Ours d’Argent du meilleur réalisateur à Berlin cette année et primé dans de nombreux festivals ! Cette comédie nous amène sur les routes du Texas en proie à des incendies catastrophiques dans le sillage de deux personnages aux caractères opposés, sortes de cantonniers en rupture. On est loin de la banalité confondante de l’univers convenu de bien des comédies et séries made in USA. C’est original, drôle parfois, et constamment intéressant !

A bientôt…

Guy Pezet


 
      NEWSLETTER SEPTEMBRE 2013
 

Depuis Cannes et le début de l’été, je n’ai pas donné de commentaires sur nos choix de programmation qui ont fait une large part aux films primés ou présentés dans les festivals de référence et aux bonnes surprises de l’année. Avant de parler du festival et des films attendus pour l’automne, quelques mots sur les films vus et aimés.

Only god forgives, présenté à Cannes, est une œuvre surprenante par ses codes esthétiques et dramaturgiques, par ses choix assumés avec une Kristin Scott Thomas étonnante et la présence de Ryan Gosling. Un film à revoir, en particulier pour ceux qui attendaient que le cinéaste danois Nicolas Winding Refn refasse un nouveau Drive. Il a gardé le beau Ryan mais a proposé un tout autre film, à mon avis, plus ambitieux.
Autre film cannois, la désopilante comédie d’Antonin Peretjako La fille du 14 juillet. C’est drôle, original, et politiquement inscrit dans une modernité réjouissante. On y retrouve Vincent Macaigne, le metteur en scène et acteur dont j’ai beaucoup parlé l’an dernier, et dont la présence se confirme dans bien des plus "nouveaux" et inventifs films français.
En dehors de cela, deux bons documentaires américains : Free Angela and all political prisoners et surtout, le très attendu et très apprécié Sugar Man. Ce film autour de Sixto Diaz Rodriguez et de sa paradoxale carrière est une réussite. Souvent émouvant, il nous fait découvrir un personnage attachant, un son et des textes intéressants.
Enfin, trois films se détachent dans ce retour sur ces derniers mois.
Frances Ha de Noah Baumbach, une comédie pleine de charmes : celui du noir et blanc, celui lié à la découverte d’une actrice Greta Gerwig (un corps, un déplacement, une voix), celui des clins d’œil à la Nouvelle Vague (musique, séjour à Paris…) et à Manhattan de Woody Allen…
Mud de Jeff Nichols, l’auteur remarqué de Take Shelter, auquel j’ai souvent repensé depuis le 27juillet et la macro-rafale ayant frappé l’ouest aveyronnais, est un film d’aventures dramatiques réussi, utilisant la Louisiane et le Mississipi pour cadre et pouvant se rattacher à des œuvres comme Les contrebandiers de Moonfleet de Fritz Lang : un jeune adolescent pour héros, la recherche d’une famille (d’un père surtout !), une trame policière, une nature et des paysages sauvages… Un film destiné à un large public, classique, et curieusement inscrit dans le réseau art et essai, alors même qu’il est plus facile d’accès que bien des blockbusters américains, et bien plus marquant.
Et pour finir, Shokuzaï, œuvre de Kiyoshi Kurosawa produite pour la télévison japonaise et présentée en deux parties, œuvre d’une grande maîtrise formelle et d’une intelligente complexité narrative. Kurosawa dresse un portrait assez noir de son pays, avec des personnages surprenants, complexes, interprétés par de jeunes acteurs de talent. Des années après Cure (1997) ou Tokyo Sonata ( 2008), Kurosawa se rappelle brillamment à notre souvenir. Il est avec Naomi Kawase (jurée à Cannes) et Hirokazu Koreeda, l’un des cinéastes les plus important du Japon.

Le festival rencontres… à la campagne les 4.5.6.7.8 septembre 2013

Pour nous, c’est le grand moment de l’année, et l’ensemble de l’équipe des rencontres se mobilise pour partager cinq jours de fête autour du cinéma.

La programmation fait une large part au cinéma ibérique, avec des films à découvrir provenant du meilleur de la production de l’Espagne et du Portugal depuis les années 2000, et présentant des œuvres s’inscrivant fortement dans l’histoire et dans la société contemporaine. Oui, il existe un cinéma espagnol hors d’Almodovar ! Oui, il existe un cinéma portugais hors de Joao Cesar Monteiro, Manoel De Oliveira ou Miguel Gomes ! A vous, à nous de le découvrir.
Certains de ces films sont sortis cette année en salle comme Blancanieves de Pablo Berger, grand triomphateur des Goya du cinéma espagnol 2012, ou La dernière fois que j’ai vu Macao de Joao Pedro Rodrigues et Joao Rui Guerra de Mata, film remarqué en début d’été pour ses choix esthétiques de pure mise en scène.

Quant aux moments attendus comme les avant-premières, elles concernent deux cinéastes auxquels nous sommes fidèles depuis la création de l’Espace Alauzet : Arnaud Desplechin et Hirokazu Koreeda. Ces deux cinéastes étaient présents à Cannes où ils se sont révélés à la fin des années 90.
Arnaud Desplechin est l’auteur de La sentinelle, de Rois et reine, de Un conte de Noël entre autres grand films. Il a apporté en plus de l’exigence élégante de sa mise en scène, une famille d’acteurs remarquables comme Mathieu Amalric, Emmanuelle Devos, Melvil Poupaud, Chiara Mastroianni… qui ont largement pris leur place dans le meilleur du cinéma français. Dans Jimmy P (psychothérapie d’un indien des plaines), nous retrouvons d’ailleurs Mathieu Amalric face à Benicio Del Toro pour un film original autour de la rencontre entre Jimmy Picard, un ancien GI indien, et le professeur Georges Devereux, ethno-psychanalyste. Tout un programme !
Hirokazu Koreeda nous revient après Nobody knows, Still walking ou le sympathique I wish, films marquants de la décennie. Il possède cet art particulier de bien filmer les enfants et pose un regard serein, quasi-documentaire parfois, sur la famille, ses joies, ses peines, son trauma. Ici, c’est avec une comédie, Tel père, tel fils, qu’il nous revient auréolé du Prix du Jury du festival de Cannes. Le schéma narratif est proche de celui de La vie est un long fleuve tranquille, mais le traitement différent, quoique reposant sur les mêmes enjeux sociaux. Une clôture du festival grand public et de grande qualité.

Je n’oublie pas dans les grands moments du festival la projection du dernierAlain Guiraudie, L’inconnu du lac, pour beaucoup le meilleur film du festival de Cannes, avec la palme de Abdellatif Kechiche. Alain Guiraudie est un ami des rencontres, et son œuvre mérite d’être vue par un large public, car elle est forte. Après Du soleil pour les gueux, Ce vieux rêve qui bouge, Le roi de l’évasion, le cinéaste propose une sorte de thriller gay autour d‘un lac du sud-ouest, avec sa lumière et ses noirceurs. Je n’ai pas vu le film, mais on vient encore aujourd’hui de me dire combien il était splendide, maîtrisé et intrigant.

Quant à mon conseil ultime, il est bien sûr pour La porte du paradis de Michael Cimino, enfin visible dans sa version intégrale et restaurée. C’est une oeuvre majeure du 7ème art, un film énorme comme on n’en voit plus (brio de la mise en scène, magie des grands espaces, capacité à filmer la foule, les figurants…) et comme on n’en fait plus. Plus fort encore que Voyage au bout de l’enfer, Michael Cimino explore ici une sorte d’envers de la Conquête de l’Ouest, un envers violent où s’affrontent les rêves d’installation d’émigrés de tous les pays et le désir de conservation des biens mal acquis des premiers arrivants. Ce grand directeur d’acteurs impose ici Kris Kristofferson, Christopher Walken, John Hurt… et une jeune et sidérante actrice française, Isabelle Huppert. Chacun sait combien elle est reconnue depuis plus de trente ans par les plus grands : Chabrol, Godard, Bellocchio, mais aussi Haneke… en voilà une nouvelle preuve. Tous à la porte du paradis, le dimanche à 15h00, afin que je puisse encore parler, discuter avec vous du cinéma en tant qu’art, ce qui est assez rare par les temps cinématographiques qui courent.

Pour tous les autres films à découvrir, le programme de court, les films produits ou réalisés en région(s)… pour les animations, pour l’exposition, consultez le catalogue en ligne sur notre site www.rencontresalacampagne.org.

D’ici là, bon festival !

Guy Pezet

PS :
Le monde diplomatique du mois d’août 2013 parle de Marinaleda (www.monde-diplomatique.fr/2013/08/HAFFNER/49520), commune autonome d’Andalousie, au cœur du film engagé Les moissons de la révolte programmé le vendredi à 18h00. Un grand moment en ces temps de réflexion sur la transition énergétique et notre devenir politique.


 
      NEWSLETTER MAI 2013
 

Bien sûr, j’ai un œil (TV) et surtout deux oreilles tournés vers Cannes et sa riche programmation où je retrouve, en compétition ou pas, un certain nombre de réalisateurs aimés dont les œuvres récentes m’ont profondément marqué. Cela vaut pour des réalisateurs confirmés comme Jia Zhangke le chinois, Kore-Eda Hirokazu pour le Japon, James Gray et Jim Jarmusch pour les USA, Arnaud Desplechin et Abdellatif Kechiche pour la France, mais aussi pour des talents plus rares comme Alain Guiraudie l’aveyronnais, Rebecca Zlotowski, Rithy Panh, Claire Denis, Mahamat-Saleh Haroun (seul africain des sélections !), Ari Folman celui de Valse avec Bachir, Nicolas Winding Refn de retour après Drive…
Donc, bien des envies de cinéma, de découvertes, de confirmations ! Et déjà quelques bonnes nouvelles cannoises, en particulier pour Les inconnus du lac d’Alain Guiraudie si bien reçu par la critique la plus exigeante. Certains des films cannois seront à l’affiche sur nos écrans dès juin (Gatsby, le Farhadi, le Refn…), les autres arriveront avec le festival et à l’automne comme de coutume.
En attendant, après la belle soirée autour du passionnant Lorraine, cœur d’acier, malheureusement si peu suivie par le public rieupeyrousain, place à une programmation faisant la part belle aux femmes… et quelles femmes ! Je pensais à la fête des mères !

Tout d’abord, Angela Davis, grâce à un documentaire américain Free Angela and all political prisoners. Que savons-nous d’elle ? Que nous reste-t-il de son engagement ? Des images, une coiffure, une immortalisation dans la chanson Lili de Pierre Perret… ? Tout cela est bien mince, et compte tenu de l’effervescence de ces années 60-70, notre envie est d’en savoir plus sur toutes les luttes menées par cette professeur de philosophie engagée : Black Power, Power to the people, Martin Luther King, Johan Baez, Malcom X, Mouvement pour les droits civiques… Toute une page d’histoire, de notre histoire récente à retrouver.

Et que dire ce cette autre grande figure féminine du XXème siècle, Hannah Arendt ? Figure engagée, controversée, à l’image de son concept souvent caricaturé sur "la banalité du mal". Dans ce biopic de la grande Margarethe Von Trotta (souvenez-vous son film sur Rosa Luxembourg), ce sont les années new-yorkaises de la grande philosophe juive allemande qui sont au cœur du film, celles du procès Eichmann et donc du fameux concept ! Ce film de facture classique, avec l’excellente Barbara Sukowa dans le rôle-titre, a été distingué au Festival de Pessac consacré chaque année aux films d’histoire. Tout élève révisant sa philo est évidemment attendu au cinéma à 15 jours de l’échéance !

Par ailleurs, la programmation fait la part belle aux personnages féminins à travers deux comédies françaises ayant bénéficié d’une bonne réception critique et populaire. La cage dorée de Ruben Alves autour de l’immigration portugaise et d’une intégration réussie avec Chantal Lauby (trop rare sur les écrans) et Rita Blanco. Cheba Louisa de Françoise Charpiat, une comédie autour de la rencontre de deux jeunes femmes seules ayant une passion commune pour la musique. Ces deux femmes sont interprétées de fort belle façon par Isabelle Carré et Rachida Brakni : elles sont drôles, émouvantes et cette comédie, dont l’ancrage social est fort, a séduit le public.

Une grande comédienne dans un film ambitieux, Emmanuelle Devos, l’égérie de Desplechin (Rois et Reine) à l’affiche avec Le temps de l’aventure de Jérôme Bonnell ! Autour d’une rencontre fortuite dans un train, une comédie dramatique sur ce moment où tout bascule, où tout peut basculer avec Gabriel Byrne (Miller’s crossing, Le cheval venu de la mer, Usual suspects…), comme possible pour Alix (Emmanuelle Devos). Jérôme Bonnell, jeune cinéaste tôt remarqué (J’attends quelqu’un en 2007 avec déjà Emmanuelle Devos et Jean-Pierre Darroussin) filme avec élégance, émotion cette folle journée de la vie d’une femme et les succès d’estime de cette comédie est ndéniable (voir la critique dans Télérama).

Pour poursuivre la même ligne éditoriale, toujours de grandes actrices à l’affiche : Sandrine Kiberlain dans Les gamins avec Alain Chabat, et Audrey Tautou dans L’écume des jours de Michel Gondry. Vous avez sans doute entendu parlé de ces deux films. Je ne connais rien du premier, mais cette comédie régressive semble réussie et Alain Chabat sait faire de bons choix aussi bien en tant que réalisateur qu’acteur. Quant à Michel Gondry, c’est un cinéaste franco-américain maintenant confirmé et dont la plupart des films inventifs et originaux ont été remarqués. Il se confronte ici à l’adaptation d’un roman culte, celui du jeune Boris Vian, dans une production française lui ayant curieusement imposé une équipe d’acteurs ayant 20 ans de plus que les personnages du roman : Romain Duris, Gad Elmaleh, Omar Sy et donc Audrey Tautou. Cette distribution improbable n’a pas altéré l’enthousiasme d’Elisabeth de l’association qui a aimé le film, ses trouvailles poétiques, et dont l’avis compte pour toute l’équipe des rencontres. Retrouvons donc Colin et Chloé et faisons nous notre propre avis sur cette production de prestige !

Ne connaissant rien sur le film d’animation pour enfants Tad l’explorateur de l’espagnol Enrique Gato, si ce n’est sa bonne réputation internationale, j’ai gardé le meilleur pour la fin avec Mud, sur les rives du Mississipi de Jeff Nichols. Un an après Take Shelter, un de mes films préférés de 2012, Jeff Nichols nous revient avec ce film présenté l’an dernier à Cannes, la veille du palmarès et que seuls Libé et Les Cahiers avaient soutenu comme l’un des meilleurs de la compétition avec Cosmopolis et Holly Motors. Mud, c’est le sud mythique des Etats-Unis, celui des aventures surprenantes, des Robinsonnades autour du grand fleuve. Ici, ce sont deux adolescents qui rencontrent un surprenant Robinson des temps modernes (Matthew McConaughey). Un drame bouleversant dont mes amis d’Utopia Tournefeuille me disent le plus grand bien. Et la nature. La nature si oubliée de bien des productions actuelles. Après Les bêtes du sud sauvage, jusqu’à ce jour le meilleur film que j’ai vu en 2013 à Rieupeyroux, après Promised Land, le film rural de Gus Van Sant, encore de nouveaux espaces à découvrir, et des personnages de fiction à inscrire dans cette nature qui me semble parfois étrangère au cinéma français…

A bientôt pour les commentaires cannois !

Guy Pezet


 
      NEWSLETTER EXPRESS PRINTEMPS 2013
 

Je reviendrai prochainement sur les animations et les films vus en mars et en avril, et, bien sûr, sur le beau week-end dernier en présence d’Atiq Rahimi et d’une partie de son oeuvre. Point d’orgue de ce samedi mémorable, la projection de Syngué Sabour et l’éclairage subtil donné par l’écrivain-réalisateur sur son travail de cinéaste.
Pour les semaines qui viennent, je tiens à vous conseiller 2 films que j’ai vu et qui marquent ce début d’année cinématographique.

Tout d’abord, Spring Breakers d’Harmony Korine, cinéaste indépendant américain, auteur de courts, de vidéos se rattachant à une avant-garde trash arty, en marge de la production courante.
Avec Spring Breakers, c’est un public bien plus large que va toucher ce cinéaste bien ancré dans l’Amérique profonde. Autour du parcours de 4 jeunes belles filles en mal de sensations fortes et désireuses de se payer une participation au Spring Break, vacances printanières propices au défoulement sur les plages de Floride pour de "sages" étudiants américains.
C’est l’occasion pour le réalisateur de dresser un portrait de cette jeunesse américaine et de notre civilisation assez remarquable, un peu comme l’a fait Cronenberg et son inoubliable Cosmopolis, chaque jour d’avantage d’actualité sur la crise du capitalisme, et, bien sûr, Film socialisme de Godard tourné à bord du Costa Concordia (!) avec une palette proche de couleurs proche de celle d’Harmony Korine.
C’est le travail du cinéaste sur les images (le fluo, le flashy), les cadrages, l’éclairage, la bande son qui sidère et impressionne.
Empruntant au pop art, aux clips de gansta rap, le film montre de l’intérieur beaucoup plus qu’il ne raconte, ce Spring Break et cette tentative réussie (?) pour en être (a Spring Breaker).
C’est déroutant, et cela vous laisse une impression forte sur l’état de notre société, sur la recherche de ces adolescentes.
Dans mon souvenir, seul le Almodóvar des années 85-90 avait aussi pertinemment montré les excès et les dépressions d’une société en pleine mutation, celle de la Movida. Ses films dérangeants comme Femmes au bord de la crise de nerfs ou Attache-moi ! témoignaient d’une évolution et ne la jugeaient pas. Il en va de même chez Harmony Korine : il montre et nous avons sans doute à voir.

A voir également, et en VO bien sûr, No de Pablo Larraín, le cinéaste chilien qui monte. Après le sombre Santiago Post Mortem, montré au festival en 2011 dans le gymnase, voici à nouveau le Chili, mais cette fois pour le fin de l’ère Pinochet. Ce film, dont les couleurs vives surprennent, nous parle de la campagne publicitaire des partisans du « no » à Pinochet en 1988, quand il propose à son peuple un référendum sur sa présidence. A travers le personnage de Saavedra (remarquable Gael García Bernal !), nous suivons son combat pour faire triompher le « no » grâce une esthétique gaie, colorée, propre à la pub branchée venue des des Etats-Unis à l’adresse des ados. Un drôle de pari, même pour son camp, dont il bouscule les représentations.
Ce film politique s’achève sur une victoire, et malgré le contexte dramatique, il nous redonne le moral, provoque souvent le rire. Et il y a Gael García Bernal, le jeune che pour l’éternité, héros ténébreux dans La mauvaise éducation d’Almodóvar et j’en passe…

Almodóvar, c’est pour début mai à Rieupeyroux et nous y reviendrons bientôt…

Guy Pezet


 
      NEWSLETTER - printemps 2013
 

Les Césars
La cérémonie des Césars relevait du pensum, tant tous les sketches sentaient le réchauffé, tant Antoine De Caunes se répétait, tant Djamel ne trouvait pas le rythme et multipliait les interventions téléphonées. La Palme à son duo d’une longueur exaspérante avec François Damiens.
Limite de l’humour parisiano-chic, mais jamais choc, de Canal+ ? (voir le souvent détestable petit journal qui porte si bien son adjectif !)
Limite de ce grand acteur de dialogue dont j’ai oublié le nom, césarisé pour l’adaptation de De rouille et d’os, film à mon avis surcoté et qui, à l’exemple de ses dialogues creux et attendus, ne m’a pas du tout touché. Audiard, au mieux, un petit maître !?
Quant au palmarès de ces Césars 2012, il a assuré le triomphe annoncé du film autrichien, à Cannes et à Hollywood, Amour de Michael Haneke. Le film, ayant aussi reçu l’Oscar du Meilleur Film Etranger la nuit suivante, après 5 récompenses du cinéma européen et sa Palme cannoise, on ne peut que crier au chef d’œuvre et attendre que les foules se précipitent pour valider un tel (rarement vu !) consensus critique !
Quant à moi, j’ai donc regretté l’oubli total au palmarès d’Holly Motors, film autrement novateur et ambitieux de Léos Carax, que l’imposant Amour. Que Jean-Louis Trintignant soit honoré ainsi que la grande Emmanuelle Riva, qui nous a valu le seul moment d’émotion et de dignité de la soirée, cela était aussi attendu et semblait évident. Denis Lavant attendra le prochain Carax (en 2025 ?) pour être enfin reconnu.
L’absence de Mandrin dans la sélection et celle d’Après mai m’avait au préalable bien déçu.
Un bon point pour les rencontres, tous les films nominés, récompensés ont été montrés durant l’année. Ainsi en est-il allé des documentaires avec le triomphe mérité des Invisibles de Sébastien Lifshitz ou celui d’Ernest et Célestine pour les films d’animation, tout aussi justifié.

Les Oscars
Pour ce qui est des Oscars, la plupart des films nominés étaient l’oeuvre de réalisateurs de renommée internationale : Spielberg, Tarantino, Anderson, Ang Lee, Bigelow et quelques jeunes réalisateurs parfois très talentueux comme Benh Zeitlin, l’auteur des Bêtes du Sud Sauvage. Celui-ci n’a rien obtenu, comme les très prometteur Jeff Nichols , le réalisateur de Take shelter.
Je n’ai pas vu Argo de l’acteur-réalisateur Ben Affleck, qui a raflé la plus haute récompense. Son film évoque la seule page "glorieuse" de la séquence douloureuse des tensions avec l’Iran pour les Etats-Unis englués et impuissants devant une prise d’otage importante. Ce film sans aspérité a sonné le coup d’envoi d’œuvres plus ou moins magistrales, mettant en scène l’histoire récente ou plus ancienne des Etats-Unis, qui ont dominé les sorties de cet hiver, un peu partout dans le monde. Ceci témoigne de la vitalité d’un cinéma qui ne s’intéresse pas seulement aux seuls divertissements made in Hollywood, mais qui, une nouvelle fois, se confronte à toutes les pages son l’histoire.
Ces films ont été projetés à Rieupeyroux ou le seront prochainement. Ils ne m’ont pas déçu, car, du seul point de vue de la réalisation, ils étaient remarquables : je pense à Django unchained, pour moi, le meilleur des Tarantino et sa façon dynamique et rageuse de passer à sa propre moulinette l’histoire du western, mais aussi celle du racisme aux Etats-Unis, de l’esclavage au Ku Klux Klan, tout en étant à la fois drôle et méchant… et intelligent !
Notre déléguée et des amis aux avis autorisés, m’ont aussi dit du bien du film Zero Dark Thirty, prenant, maîtrisé, efficace. Kathryn Bigelow, trois ans après l’oscarisé Démineur, confirmant sa place de réalisatrice qui compte… et Jessica Chastain comme celle de l’actrice qui monte (The tree of life, Take shelter…). La traque de Ben Laden déjà au cinéma, c’est, pour un français, quasi inimaginable !
The master d’Anderson avec l’épatant Joachin Phoenix (Two lovers…), était également un film fort, d’une grande maîtrise, quoique parfois assez long. De manière habile, le film évoquait les traumatismes post-guerre de 45 et la diffusion de la scientologie.
Ce week-end, il me reste à découvrir le Lincoln, de Spielberg, film se concentrant sur les derniers mois de sa présidence au moment des choix déterminants pour les Etats-Unis : abolition de l’esclavage, réunification du pays déchiré par la Guerre de Sécession. Encore une fois, un grand acteur à l’affiche : Daniel Day-Lewis, auréolé de son 3ème Oscar ! Quelle carrière depuis le superbe My beautiful laundrette de Stephen Frears en passant par There will be blood de Paul Thomas Anderson !…
Courageux grands metteurs en scène américains qui ne craignent pas de se confronter à l’histoire, à l’actualité ! Il en va de même pour Gus Van Sant dont nous découvrirons le dernier film Promised Land le mardi 26 mars en avant-première. Le film pose le problème des nouvelles sources d’énergie (gaz de schiste) et de leur exploitation par de grands groupes extractivistes, avec, en toile de fond, la crise économique et des citoyens capables de résister. Un film au cœur de l’actualité donc avec Matt Damon en jeune cadre dynamique… auquel justement on peut résister. La projection sera suivie d’une discussion avec les membres du collectif ouest-aveyron de façon à faire le point sur cette question qui nous concerne doublement : permis de Nant au sud-Aveyron et permis de Cahors dans l’ouest-Aveyron.

Pas de bonne programmation sans un bon documentaire, avec Des abeilles et des hommes de Markus Imhood, c’est le problème de la disparition d’une espèce vitale pour la vie sur terre qui est posé. Ce documentaire suisse remporte un grand succès et sa projection mercredi 20 mars sera suivie d’une rencontre avec des apiculteurs de la région.

Comme quoi les rencontres restent au coeur des débats : semaine du développement durable, débat national sur la transition énergétique, débat sur les OGM… C’est un de nos axes forts d’animation du territoire à travers de oeuvres de qualité.

Au cœur de l’actualité également, deux œuvres interrogeant le monde musulman : Wadjda de Haifaa Al Mansour, premier film nous venant d’Arabie Saoudite, réalisé par une femme et abordant les problèmes des femmes dans un pays où machisme et tradition religieuse interdisent aux femmes le droit d’aller à bicyclette.
Avec Les chevaux de dieu, c’est un film marocain que nous pourrons découvrir. Nabil Ayouch pose le problème de l’embrigadement d’enfants par un imam islamiste, dans un contexte économique et social difficile pour bien des familles. Ce film a obtenu le Prix Jeune Public à Cinémed 2012, à Montpellier. S’il est aussi bon que La Parade (Prix du Public à Cinémed 2012), film serbe découvert il y a un mois ici même, je ne peux que vous encourager à y venir nombreux.

Bien sûr, les comédies hexagonales ne sont pas oubliées et le public rieupeyrousain pourra découvrir Boule & Bill avec l’insupportable Franck Dubosc, associé ici à Marina Foïs, puis le dernier Bacri-Jaoui Au bout du conte. Tous les 4 ans, le couple prolifique nous revient dans un de ces films où comptent les dialogues, les mots d’auteurs et le talent des acteurs.

Dans le genre fantastique pour tous, deux films américains : Sublimes créatures de Richard La Gravenese que je ne connais pas et le très attendu Monde fantastique d’Oz de Sam Raimi avec le grand James Franco, revisitant le Pays d’Oz légendaire depuis le si célèbre magicien d’Oz.

En proposant trois films par semaine, nous essayons de nous adapter aux nombreuses sorties, et, toujours soucieux d’éclectisme, d’aller voir un peu dans tous les genres. C’est le cas avec Week-end royal de Roger Michell avec Bill Murray dans une comédie historique mettant en scène Georges VI et Roosevelt. De l’histoire par le petit bout de la lorgnette cette fois.

De même, le Möbius d’Eric Rochant, oui, le réalisateur oublié d’Un monde sans pitié, de retour avec un film d’espionnage original (français !), porté par Jean Dujardin et Cécile de France. Jean Dujardin en agent russe, cela promet, si j’en juge par la bande-annonce…

Ceci en attendant Jappeloup, Spring breakers, le dernier Almodovar… avant la projection de Syngué Sabour en la présence de son auteur Atiq Rahimi. Atiq Rahimi, Prix Goncourt 2008 est un ami des rencontres qui ont présenté en 2005 Terres et cendres lors du festival. C’est avec une grande joie que nous le retrouverons, ainsi que Mojdeh Family, passeuse précieuse entre notre culture et celles littéraires ou cinématographiques de l’Iran et de l’Afganisthan.

Guy Pezet


 
      NEWSLETTER - janvier 2013
 

Bonjour !

Retour aux affaires courantes de ce bon mois de janvier cinématographique ! Après l’excellent Les invisibles, intelligente contre manifestation de salut public à l’adresse de tous ceux qui ont, ce jour, battu le pavé. Un documentaire de qualité, chaleureux, bien monté, bien rythmé et constamment intéressant. Un film qui lance cette nouvelle année sur de très, très bonnes bases. Et, si j’en crois les médias, il y a du lourd à suivre : The master de Paul Tomas Anderson, Django unchained de Quentin Tarantino, Lincoln de Steven Spielberg, le dernier Philippe Le Guay Alceste à bicyclette… En attendant, notre programmation vous propose une alternance France - Etats-Unis correspondant bien à l’air du temps de cette nouvelle année.

Côté français, je passe assez vite sur la comédie du moment, en terme de box-office, De l’autre côté du périph avec l’intouchable Omar Sy, personnalité préférée des français. C’est une comédie policière de David Charhon, et, je ne connais pas le budget du film et les engagements du grand Omar… alors nous ne pouvons qu’aller vérifier en salle si les cachets sont mérités et le film de qualité.
Avec Un enfant de toi, nous retrouvons enfin Jacques Doillon, cinéaste français important des années 80, au même titre que Benoît Jacquot ou André Téchiné par exemple ! Nous avons un peu perdu sa trace, pourtant depuis La pirate… on sait à quel point Jacques Doillon peut être un grand directeur d’actrices (Jane Birkin), un auteur capable de donner une tonalité originale à ces comédies dramatiques. Il sait aussi depuis toujours (Les doigts dans la tête 1974, Un sac de billes 1975, et son excellent Le petit criminel 1990) immanquablement filmer les enfants, les jeunes adolescents. Ici, Maryline Fontaine, une révélation, au côté de Lou Doillon, la fille de son père et de Jane Birkin, aussi douée au cinéma que pour la musique (voir son premier album Places). N’ayant pas vu les derniers Doillon, je me fais un plaisir de retrouver ce cinéaste doué et son univers sensible.
Le film Renoir de Gilles Bourdos renouvelle le genre porteur du biopic en évoquant à la fois la trajectoire du père et celle du fils autour des années de guerre (14-18). Du vieux peintre Auguste au jeune cinéaste Jean, circulent l’art, la vie, la mort et une jeune femme, Andrée, dernier modèle de peintre et amante de l’apprenti cinéaste. Renoir, c’est Michel Bouquet, abonné aux grands hommes au cinéma depuis son interprétation de Mitterrand, un promeneur solitaire pour Robert Guédiguian. A plus de 85 ans, Michel Bouquet est sans doute le plus grand homme de théâtre actuel, il reste aussi un acteur précieux, capable depuis toujours (Chabrol, Truffaut…) mais aussi plus récemment (Toto le héros de Thomas Van Dormael) de s’inscrire dans un projet cinématographique ambitieux. Ici, un film de qualité française avec de beaux paysages, une lumière méditerranéenne que l’on retrouvera plus tard dans Toni, un des premiers grands films de Jean Renoir.
Avec Foxfire, confessions d’un gang de filles, c’est du dernier Laurent Cantet qu’il s’agit. Laurent Cantet est un des meilleurs cinéastes français des années 2000, ayant depuis Ressources humaines confirmer tout son talent, à travers L’emploi du temps, 2001, et bien sûr, Entre les murs, Palme d’Or 2008, qui nous valut une grande avant-première sous le foirail, lors d’un grand millésime de notre cher festival de l’automne. Laurent Cantet s’intéresse ici à nouveau à un groupe d’adolescentes formant une jeune société secrète féminine : Foxfire, dans les années 50 aux Etats-Unis. Laurent Cantet soigne la reconstitution de cette chronique et évoque les questions sociales courant souterrainement derrière cette histoire : féminisme et violence machiste de l’époque, communauté militante avant les collectifs militants des années 70… Faisons confiance à Laurent Cantet et à ses jeunes comédiennes pour nous emporter dans cette histoire toujours d’actualité.

Côté film américain, le dernier d’Ang Lee, le très attendu L’odyssée de Pi, d’après le best-seller de Yann Martel L’histoire de Pi. Ang Lee, que ce soit en Asie (Tigre et dragon ou Lust, Caution) ou aux Etats-Unis (Le secret de Brokeback Mountain) nous livre souvent de grands films, réalisés de main de maître, avec un sens du rythme, du dynamisme du récit, qui mène le spectateur en cargo puis en canot ici, depuis l’Inde jusqu’au Canada. A son talent de réalisateur s’ajoute ici une utilisation habile des effets spéciaux en 3D unanimement célébrés par la critique. C’est donc à Rieupeyroux qu’il faut voir cette œuvre surprenante, riche en rebondissements, cette odyssée maritime déroutante et poétique. Un film pour tous à découvrir en famille !
Enfin, dès ce mercredi, un des films très attendus de ce début d’année, le multi-primé (Caméra d’Or à Cannes, Prix à Deauville, Grand Prix du Jury à Sundance), Les bêtes du sud sauvage du jeune Benh Zeitlin. Multi-nominé aux Oscars 2013 dans les catégories phares : meilleur film, meilleur réalisateur, meilleure actrice pour la jeune Quvenzhané Wallis, depuis cet été, l’enfant chéri de l’Amérique cinéphile. Le film nous emporte en Louisiane et fait le récit d’un ouragan, d’un déchaînement des éléments, vécu à travers le récit en voix-off d’une petite fille pleine de vie. La puissance visuelle du film a impressionné bien des jurys. Difficile mais avisé public rieupeyrousain, laisse-toi à ton tour emporter par la catastrophe de ce wild word du sud, à la suite de cette fascinante petite fille !

A bientôt en février, avec de grands films américains, des comédies françaises et son ciné-goûter du 20 autour de Ernest et Célestine…

Guy Pezet




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