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       accueil >> la salle de cinéma >> archives >> newsletter 2012

 
      NEWSLETTER du 18 janvier au 7 février
 

Tradition oblige, d’abord tous mes vœux à tous les amis du cinéma de Rieupeyroux : les spectateurs bien sûr, et parmi eux, tous ceux qui oeuvrent à la réussite et à la vitalité de la salle.

L’année 2011 a été très bonne en terme de programmation et par conséquent de fréquentation. Plus de 11 500 spectateurs cette année, soit près de 20% d’augmentation par rapport à 2010 ou 2009. Je ne peux que souhaiter qu’une même progression pour 2012. Je peux vous assurer de notre détermination du meilleur de la production mondiale et nationale et, quand nous le pouvons, de doubler cette découverte des œuvres de rencontres éclairantes et, me semble-t-il, toujours intéressantes (voir depuis la Toussaint, la rencontre avec Nicolas Gayraud autour de son film avec des sœurs de l’Abbaye de Bonneval et la rencontres avec Yanik Le Guillou à propos de la Grotte Chauvet).

Tradition oblige également, mon classement des meilleurs films vus à Rieupeyroux cette année, ceux dont les images m’ont marqué et ont imprimé dans ma mémoire saturée une trace durable et originale.

1. Essential Killing de Jerzy Skolimovski (Pologne)
2. Melancholia de Lars Von Trier (Danemark)
3. L’Etrange affaire Angelica de Manoel de Oliveira (Portugal)
4. Drive de Nicolas Winding Refn (Etats-Unis)
5. Restless de Gus Van Sant (Etats-Unis) et Habemus Papam de Nanni Moretti (Italie)
6. Un amour de jeunesse de Mia Hansen-Love (France)
7. Les Neiges du Kilimandjaro de Robert Guédiguian (France)
8. La Dernière Piste de Kelly Reichardt (Etats-Unis)
9. Le Gamin au vélo des frères Dardenne (Belgique)
10. Another Year de Mike Leigh (Royaume-Uni) et Une Séparation de Asghar Farhadi (Iran)

Mon palmarès laisse de côté des films très attendus mais qui ne m’ont pas totalement convaincu : The artist au scénario faiblard, Polisse très intéressant mais inégal quant aux choix de réalisation, L’apollonide aux images très soignées mais à l’objet parfois ennuyeux… Voilà pour les français ! Il laisse de côté la Palme d’Or de Terrence Malick auquel je préfère Melancholia mais dont je reconnais l’ambition, le dernier Almodovar, le western des frères Cohen et Black Swan de Darren Aronofsky.

Mon palmarès fait la part belle aux auteurs européens et fait se cotoyer des cinéastes âgés (Manoel de Oliveira a eu 103 ans) et bien plus jeunes (Mia Hansen-Love ou Winding Refn). Je tiens à mettre en avant quelques premiers films très prometteurs : Tomboy de Céline Sciamma (France), Animal Kingdom de Davis Michôd (Australie) et Attenberg de Athina Rachel Tsangari (Grèce) et bien sûr trois documentaires : Le Président d’Yves Jeuland, Waste Land de Lucy Walker sur Vik Muniz, artiste brésilien exposant à Avignon jusqu’en mai et Tous au Larzac de Christian Rouaud.

Si vous souhaitez commenter ce classement, proposez le vôtre, vos retours sont très attendus.

Guy Pezet


 
      NEWSLETTER du 8 février au 6 mars
 

Pour ce mois de février qui s’annonce assez froid, le programme est comme toujours éclectique et les
projections alterneront en numérique et en 35 mm, la salle
étant dotée des deux équipements. Nous y reviendrons prochainement.
Cela devrait nous permettre de pouvoir vous proposer parfois plus rapidement les films commerciaux, tant attendus, nous dit-on.

C’est le cas dès le 15 février pour La vérité si je mens 3 dont on nous rabat les oreilles depuis des mois. Le
plaisir de retrouver Anconina/Garcia/Solo/Elbaz/Melki est bien sûr essentiel à la réussite de ce projet et nos amis vont voyager du Sentier à Aubervilliers,
en Chine peut-être. N’ayant que peu de souvenirs du
1 et n’ayant pas vu le 2, je compte sur le matraquage télévisuel, radiophonique et sur les extraits visibles
sur le net pour me donner envie. Mais où sont les
femmes ? Comme durait Juvet. Et l’élégance
française ?...

Février étant un mois de vacances, deux films s’adressent au jeune public. Alvin et les Chipmunks 3,
un des succès du mois de janvier, avec ce plaisir des
retrouvailles que je viens d’évoquer. La colline aux coquelicots du fils Myazaki, qui, certes ne vaut pas le père, mais qui propose ici une belle histoire émouvante pour tous.

Soucieux de prendre en compte les publics, dès le 8 février,
nous vous proposons une comédie romantique française, histoire de rencontre étonnante, détonante entre
Audrey Tautou et François Damiens. C’est de La délicatesse
qu’il s’agit, un film sensible des frères Foenkinos, qui
a trouvé son public peu à peu, bénéficiant d’un bon bouche
à oreille.

Toujours une comédie française visant un large public
familial, le très attendu et engageant Et si on vivait tous ensemble ?... peut-être le slogan manquant de la future campagne électorale. C’est un film de Stéphane Robelin avec Jane Fonda, Pierre Richard, Géraldine Chaplin, Guy Bedos, Claude Rich, autant d’ami(e)s de 40 ans qui décident de vivre ensemble plutôt que de rester seul, ou de se retrouver en maison de retraite. Comme un retour au rêve de
communauté hippie qui a du toucher leur génération, aux alentours des seventies. C’est drôle, chaleureux, et habile dans son plan média avec Jane Fonda, sa classe, sa maîtrise de la langue française, son absence de mauvais goût.

J’ai gardé pour la fin, trois films made in U.S.A., dont vous devez avoir entendu parler : tout d’abord, la découverte U.S. du dernier Festival de Cannes, œuvre
magistrale d’un jeune auteur qui nous plonge dans l’Amérique profonde, celle où religion, superstition, ancrage familial font bon ou plutôt mauvais ménage.
Porté par un acteur Michael Shannon, grand par la taille et
par le talent, ce film bouleverse, interroge et surprend par sa force. Récompensé à neuf reprises à Deauville, cette œuvre originale sera, à n’en pas douter, un des temps forts
de cette année cinématographique. Les plus assidus de mes amis me l’ont chaudement recommandé, je leur fais confiance.

Avec J.Edgard, c’est le grand Clint Eastwood que nous retrouvons pour un biopic consacré à un personnage redoutable et redouté de tous les présidents américains, Hoover, l’homme des services secrets américains, et peut-être des sévices secrets (facile) aussi, tant le personnage est resté une énigme. C’est le grand Leonardo Di Caprio qui interprète J. Edgard Hoover avec son professionnalisme, sa capacité à s’inscrire dans la
tradition classique des acteurs américains, tout entier dans la composition d’un personnage. Souvent dirigé par les plus grands (Scorcese, Cameron, Eastwood), Leonardo Di Caprio, plus que Brad Pitt et même Matt Damon, est assurément avec Johnny Depp, la star de cette génération
dorée, ayant succédé aux De Niro, Pacino, Hackman des années 70-80. Important : le spectateur rieupeyrousain aura le choix entre la V.O. et la V.F. pour découvrir ce film grâce à l’équipement numérique de la salle.

Reste Millénium de David Fincher, un des réalisateurs des années 2000, durant lesquelles nous avons découvert Zodiac,
et The social network, deux films forts, remarquablement réalisés. David Fincher adapte le premier tome du roman culte de la décennie, peu de temps après l’adaptation suédoise assez réussie des trois tomes de ce best-seller mondialement connu. Quel intérêt ? Quel enjeu ? Pour moi, juger de la pertinence de l’adaptation et donc du choix
des comédiens, en particulier pour ce qui est d’incarner face à Daniel Craig, la fascinante Lisbeth Salender. C’est Rooney Mara, que je ne connais pas, qui a été choisie et l’on dit qu’elle fait merveille.

Soirée exceptionnelle aussi, le vendredi 2 mars à 21h, avec la projection suivie de débat de Les nouveaux chiens de garde, documentaire de Gilles Balbastre et Yannick Kergoat, d’après un scénario de Serge Halimi. Une nouvelle fois, ce
documentaire engagé dénonce la collusion entre journalistes et médias qui comptent hommes politiques et monde de la finance, celui du CAC 40. La presse, qui se dit indépendante, se pense comme un contre pouvoir démocratique alors même qu’elle est souvent aux ordres. Elle est ici
profondément remise en cause, comme le sont les pratiques du pouvoir politique qui n’a jamais coupé le cordon
ombilical entre pouvoir et contre pouvoir médiatique. Bien
au contraire : voir Sarkozy et le C.S.A. ou la soirée initiale du Fouquet’s. Pour débattre, j’ai pensé inviter des citoyens en marche, engagés dans les collectifs citoyens
qui s’opposent à la pensée dominante et tentent de proposer d’autres analyses, d’autres voies (comité anti-dette, collectif Non aux gaz de schistes, association ATTAC…). Une grande soirée pour tout l’Ouest aveyronnais, soucieux
de s’informer, de débattre démocratiquement, de penser librement.

Vaste programme auquel les Rencontres sont fières de
s’associer...

Encore un mot sur les Césars et les Oscars à venir ! Bien sûr, je suis content pour The artist et toute l’équipe de ce film au charme discret, mais sans grande envergue. Si The artist, Hugo Cabret, Midnight in Paris, la daube culturelle de Woody Allen, sont les films favoris des
Oscars, c’est dire à quel point le cinéma américain et Hollywood sont en crise : hors la nostalgie du cinéma
d’avant, des origines, de la culture européenne, point de salut. Que les Oscars oublient Take Shelter, même The tree
of life, le dernier Gus Van Sant ou Black Swan, n’est pas franchement rassurant. Peut-être Ryan Gosling, Carey Mulligan et Drive sauveront-ils in extremis la soirée ? Quant aux Césars, on retrouve dans les films les plus cités
Polisse, un film intéressant, mal foutu parfois mais riche, L’appolonide, un film remarquable de maîtrise mais qui ne m’a pas enthousiasmé, The artist, La guerre est
déclarée, qui m’a plutôt déçu, le convenu L'exercice
de l’Etat, qui enfonce des portes ouvertes comme le
crocodile de la première séquence. C’est plus glorieux
mais les absences du film de Mia Hansen Love, Un amour de jeunesse, lumineux et fort, celle plus surprenante des Neiges du Kilimandjaro me paraissent inquiétantes.
Voilà un film généreux, populaire, faisant une large place aux problématiques sociales actuelles et ayant le courage de l’utopie. Peut-être Le Havre de Kaurismaki sauvera-il cette voie rare mais essentielle du cinéma
français renouant avec la tradition des grands drames
sociaux. Et Pater d’Alain Cavalier que je n’ai pas encore
vu !? L’académie a été bien frileuse parfois, puisque ni Habemus Papam, ni surtout Essentiel Killing ou le dernier Oliveira ne sont nominés pour le César du film étranger.
Seul Melancholia porte haut la force artistique du cinéma européen.

Guy Pezet


 
      NEWSLETTER des 23.24.25 mars
 

UNE FÊTE DU CINÉMA AU PRINTEMPS les 23.24.25 mars 2012

C’est l’arrivée du numérique et de la 3D qui est célébrée pour ce grand week-end de cinéma. En effet, la salle s’est dotée depuis février de ces équipements modernes, nous permettant de proposer, dans de très bonnes conditions et dans les meilleurs délais, des films les plus attendus par nos diverses publics. C’est un investissement important de la part de la Communauté de Communes et de l’ensemble des partenaires de cette opération concernant l’équipement des salles : le CNC, la région, le département en particulier. Que chacun soit remercié pour sa coopération et son investissement.

Vendredi 23 mars à 21h, en partenariat avec la Cinémathèque de Toulouse dans le cadre du festival Zoom Arrière hors les murs, sera projeté dans une magnifique version restaurée, le chef d’œuvre de Jean Renoir : La grande illusion. Ce film appartient au patrimoine du cinéma mondial au même titre que Citizen Kane d’Orson Welles, La nuit du chasseur de Charles Laughton, Un chien andalou de Luis Bunuel, Metropolis de Fritz Lang…
Ce drame politique et historique, se déroulant durant La Première Guerre Mondiale, est une œuvre d’un profond humanisme, s’attachant à peindre la plupart des personnages, alliés comme ennemis, sous un jour positif. La classe sociale de chacun des protagonistes semble plus importante que leur appartenance nationale. Elle semble dépasser et transcender les oppositions nationales et raciales. Il en va de même des pratiques culturelles de chacun des milieux dépeints, source d’échanges et de dialogues plus fort que les frontières.
Dans une telle œuvre, le choix des acteurs et l’écriture du scénario se devaient d’être exemplaires. Elles le furent : Gabin est pour la vie le Lieutenant Maréchal issu des classes populaires, Fresnay et Von Stroheim les deux aristocrates capitaines de leur compagnie, Dalio est le Lieutenant Rosenthal, fils de banquier juif, camarade d’évasion du Lieutenant Maréchal. Ce grand film, entré dans les collections permanentes du MOMA à New-York, a été reçu en 1937-1938 comme un film pacifique, ce qui lui a valu la censure rapide des autorités allemandes et italiennes, puis du régime de Vichy, alors que les haines nationales et racistes se déchaînaient à nouveau en Europe. Les dialogues dus à Charles Spaak et à Jean Renoir lui-même sont remarquables. Toute l’œuvre est polyphonique, s’attachant à donner à tous une parole juste, non caricaturale.
Un chef d’œuvre absolu donc, à ne manquer sous aucun prétexte. Monsieur Guy Cavagnac, assistant de Jean Renoir, nous accompagnera pour cette soirée exceptionnelle, ainsi que Christophe Gauthier, conservateur de la Cinémathèque de Toulouse, dont l’éclairage précis et précieux nous a tant apporté lors de précédentes collaborations.

Ensuite, le week-end s’organisera autour de films récents s’adressant à tous les publics, soucieux que nous sommes d’éclectisme. Qu’on en juge…

Tout d’abord, en apéritif musical El gusto samedi à 18h. C’est un documentaire autour de la musique populaire métissée de la Casbah d’Alger dans les années 30-40-50. Ce film irlandais s’inscrit dans la lignée de Buena Vista Social Club.
A 21h, en sortie nationale, L’Oncle Charles le dernier d’Etienne Chatiliez, un de nos auteurs de comédies préférées. Depuis La vie est un long fleuve tranquille jusqu’à Tanguy, en passant par Tatie Danielle et Le bonheur est dans le pré, Chatiliez est un réalisateur qui compte et les scènes cultes, les répliques cultes de ses films sont connus de tous les Français. Ici, il rassemble Eddy Mitchell et Alexandra Lamy, la femme de…, dans une comédie pleine de surprises et de rebondissements se déroulant en partie en Nouvelle-Zélande, l’autre pays du rugby je crois notre cher Sud-Ouest. Une comédie familiale et populaire donc pour ce samedi de fête.

Dimanche, un évènement pour les plus jeunes et leurs parents avec Les Pirates ! Bons à rien, Mauvais en tout à 15h et en 3D ! C’est un film d’animation contant les aventures maritimes de Capitaine Pirate, à la fin du XIXème siècle. La Reine Victoria et Charles Darwin sont d’ailleurs les protagonistes de la partie terrestre des aventures de cet intrépide héros. Tous à vos lunettes !
A 17h, changement radical de tonalité avec un film primé dans les meilleurs festivals de cinéma art et essai, Louise Wimmer de Cyril Mennegun avec l’excellente Corinne Masiero. Elle interprète ici le rôle difficile d’une femme en rupture, exclue de la vie sociale habituelle, vivant dans sa voiture et cherchant à refaire socialement surface. C’est donc un drame réaliste dans lequel elle se révèle une grande comédienne, peu après son succès télé dans la série Fais pas ci, Fais pas ça.
Pour finir en beauté et en soirée de rattrapage pour tous ceux qui ne veulent pas mourir… sans avoir vu The artist, nous l’avons re-programmé en ce mois qui a vu le film triompher des Césars aux Oscars. Donc Jean Dujardin, Bérénice Bejo, les costumes, la musique et bien sûr, en maître d’œuvre de l’ensemble, Michel Hazanavicius promu au rang de grand réalisateur devant l’éternel ! Que dire du film, de sa magie, de ses faiblesses scénaristiques aussi ? Rien… tout a été dit et il s’agit surtout de voir !

Guy Pezet


 
      NEWSLETTER du 28 mars au 17 avril
 

BONJOUR LES DECOUVERTES !

Quel plaisir de mettre en avant de nouveaux noms, des films profondément originaux, des univers que l’on a envie de découvrir et de parcourir !

C’est le cas ce mercredi 28 mars avec Elena de Andrei Zviaguintsev, film remarqué dans la section "Un certain regard" à Cannes l’année dernière. Andrei Zviaguintsev avait signé une œuvre forte, énigmatique, il y a quelques années, avec Le retour. La splendeur des plans, le mutisme des personnages, un certain sens de la réflexion philosophique, tout nous ramenait au meilleur du cinéma russe et à certaines références écrasantes (Tarkovski ou Sokurov).
Ce film avait été projeté à Rieupeyroux, et il nous semblait judicieux de montrer ce nouveau film du talentueux Andrei Zviaguintsev. Cette fois, c’est autour du portrait d’une femme, Elena, qu’il construit une fiction surprenante et raconte une sorte de fable sociale tragique propre à la Russie contemporaine. De l’avis de tous les critiques, unanimes sur ce point, Andrei Zviaguintsev est un maître du cadre ; son talent formel est rare.
Cinéphiles de tous le pays, unissez-vous pour défendre ce film différent.

Avec Un monde sans femmes de Guillaune Brac, c’est à un programme original que nous vous invitons. En effet, la séance se compose d’un court métrage Le naufrage (25’) et d’un moyen métrage Un monde sans femmes (58’), tournés tous deux dans la même ville côtière de la côte picarde, et mettant en scène le même personnage, Sylvain, interprété par le brillant Vincent Macaigne. La continuité fictionnelle qui unit les deux films n’est pas artificielle et la force de Un monde sans femmes, dans lequel le personnage évolue et se révèle, est indéniable.
Le film s’inscrit de façon originale et maîtrisée dans la lignée des films de plage de Rozier et de Rohmer (Pauline à la plage). Il prend en charge toutes les dimensions du genre, psychologiques, sociologiques, de façon précise, sans lourdeur insistante avec un sens évident du rythme, du dialogue, de l’ironie douce-amère.
La grande découverte du film, c’est le metteur en scène et acteur de théâtre Vincent Macaigne, celui qui a fait l’actualité à Avignon en 2011 avec son spectacle d’Hamlet Au moins j’aurai laissé un beau cadavre. Second rôle chez Philippe Garrel récemment, il s’impose ici comme un acteur subtil dans le rôle de Sylvain, personnage lunaire et attachant. Il vient d’ailleurs de triompher au festival de Clermont-Ferrand avec le moyen métrage Ce qu’il restera de nous, à l’intensité bouleversante. A ses côtés, sur scène et dans ces films, Laure Calamy, une comédienne elle aussi très prometteuse…
Au total, un film qui fait souffler un vent de fraîcheur sur la comédie française, et qu’il me tarde de revoir.

Pour Oslo, 31 août de Joachim Trier, c’est aussi à une découverte que nous vous invitons, celle d’un jeune cinéaste norvégien et d’un univers particulier, faisant référence d’après les critiques à Antonioni, à Rohmer, à Malle, à Varda… Il y a pire paternité ! Pour évoquer l’itinéraire d’un personnage jeune en fin de cure de désintoxication, sa déambulation dans la ville d’Oslo, ses rencontres, Joachim Trier, pour son second film, utilise toutes les ressources esthétiques du cinéma, avec un évident bonheur ou plaisir de filmer un itinéraire pourtant dramatique… Encore du nouveau donc, et du solide, à découvrir dans notre chère salle.

Le reste de la programmation fait la part belle à des films commerciaux attendus dans nos campagnes même.

Tout d’abord, Les infidèles de Jean Dujardin et Gilles Lellouche (entre autre) et avec les mêmes, que je ne présente pas. Renouant avec le film à sketches, un moment à la mode dans les années 70 (cinéma italien surtout), ils s’appuient sur des cinéastes confirmés dont le césarisé et l’oscarisé Michel Hazanavicius, mais aussi Emmanuelle Bercot…
Ces variations sur l’infidélité masculine valent sûrement mieux que le stupide débat concernant les affiches du film, et elles sont sans doute bien plus drôles. Ce film est un des succès populaire de ce début d’année, alors que la fréquentation des salles obscures est plutôt terne depuis Intouchables.

Avec John Carter pour le dimanche de Pâques, c’est à un grand film d’aventures en 3D que nous convions le jeune public (à partir de 10 ans). De l’avis de tous (Même Libé !), ce film de 250 M de $ est à voir. Inspiré par un roman d’aventure de Edgar Rice Burroughs, l’auteur de Tarzan, il met en scène un soldat sudiste propulsé sur Mars à la suite de rocambolesques aventures. Il recycle à l’occasion de cet incroyable périple tout le grand monde de l’aventure épique, d’Homère à Jules Verne, en passant par Dune, Conan ou Flash Gordon. Alors, un seul mot d’ordre en ce dimanche pascal : après le gigot, les lunettes et les charmes de la 3D.

Toujours durant les vacances, la biopic de l’année, Cloclo, avec l’excellent Jérémie Rénier, assez loin des frères Dardenne, mais toujours exigeant et talentueux. Le film fait découvrir des facettes moins connus de l’envahissant et bondissant Cloclo de ma jeunesse (x émissions télé, x magasines) et le réalisateur Florent Emilio Siri a, d’après la critique, plutôt bien géré l’ensemble. Ce film a été en général bien reçu (heureusement, il n’existe pas de 3D pour le son, car je suppose qu’il faut supporter plein de tubes de l’idole ! les paroles passent mais les cris restent !).

A bientôt pour d’autres aventures cinématographiques, en période électorale !

Guy Pezet


 
      NEWSLETTER du 18 avril au 8 mai
 

Le vent, le froid, la pluie, bientôt la neige… tous à l’abri dans les salles obscures. En cette période pré-cannoise, nous avons déniché quelques pépites et successivement trois bons films, très différents, ont animé nos soirées ciné à Rieupeyroux.
Elena du cinéaste russe Andrei Zviaguintsev à la mise en scène très maîtrisée, avec un sens du cadre, de la lumière et de l’éclairage remarquable. Un monde sans femmes, la comédie drôle et sensible de Guillaume Brac avec Vincent Macaigne bluffant. Oslo, 31 août de Joachim Trier, un nom à retenir tant son film nous a unanimement séduits : mise en scène originale avec en particulier un travail précis sur le son et l’image, avec une manière douce et dynamique de filmer une ville (Oslo), une errance dramatique, celle d’Anders. Entre le proche (les amis et la famille) et le lointain (l’avenir, le travail, les études d’avant). Entre l’espoir d’un nouveau départ « et la réalité rugueuse à étreindre »* comme disait le Rimbaud revenu de tout de la Saison en Enfer. Un film justement primé aux Premiers Plan d’Angers 2012, un festival qui monte.

Toujours soucieux de vous proposer le meilleur des films présentés dans les festivals européens, pour cette fin avril marquée par les élections, vous pourrez découvrir quelques films que toute l’équipe de programmation a retenu dans un ensemble de près de 60 films sortis en 3 semaines. Travail difficile mais intéressant que nous confrontons lors de chaque réunion.

A retenir donc un programme faisant une large place aux films destinés aux familles en en particulier aux enfants.
Dès ce mercredi de vacances, Sur la piste du Marsupilami d’Alain Chabat, avec le réalisateur lui-même, Jamel Debbouze et aussi Jacques Weber, dont le public rieupeyrousain a eu la chance de pouvoir admirer le talent d’acteur il y a peu. Le Marsupilami, qu’est-ce ? Cela nous renvoie bien sûr à Spirou, à la BD de Franquin et maintenant à cette comédie de qualité, à ce divertissement drôle qu’il ne faut pas rater.
C’est aussi pour les enfants et leurs parents que, lors du ciné-goûter du mercredi 25 avril, sera enfin projeté à Rieupeyroux Zarafa de Rémi Bezançon et Jean-Christophe Lie, un conte original autour de l’amitié entre un enfant, Maki et une girafe orpheline, Zarafa. C’est un grand film d’aventures aussi et Rémi Bezançon se révèle aussi à l’aise dans ce film d’animation qu’il l’avait été pour son premier long métrage, la comédie Le premier jour du reste de ta vie, multi-nominé aux Césars cette année-là. Sorti en février, ce beau film d’animation a réuni près d’un million et demi de spectateurs à ce jour.
Enfin, durant le week-end du 5.6.7 mai, reprise de l’excellent Les pirates ! Bons à rien, mauvais en tout en 3D, le meilleur film d’animation de ces derniers mois. Venez avec vos enfants découvrir la 3D et l’univers délirant de Peter Lord.

A retenir surtout, dans la lignée de ce début avril, quelques films marquants, remarqués dans les festivals.
Tout d’abord, Terraferma, film italien d’Emanuele Crialese, consacré à une famille vivant dans une petite île entre la Sicile et l’Afrique, confrontée à la crise des activités traditionnelles (la pêche), au développement touristique, mais aussi bien sûr à l’arrivée de clandestins africains sur leur côte. Une fiction donc au cœur du présent économique dramatique de notre monde méditerranéen, au cœur aussi des résistances ancestrales populaires porteuses de valeurs universelles de solidarité, dont on a chaque jour d’avantage besoin. Nous avions aimé au début des années 2000 Respiro du même cinéaste et sa présence au palmarès de la Mostra de Venise 2011 nous a réjouis. On a tous en nous une part nostalgique du grand cinéma italien, aussi, essayons–nous de soutenir ici, à Rieupeyroux, cette cinématographie originale et ses meilleurs représentants (Moretti, Bellocchio, Luchetti, Rossi Stuart, Crialese).
Prix du Public aux Premiers Plans d’Angers 2012, La terre outragée est une co-production européenne réalisé par Michale Boganim, réalisatrice franco-israélienne, pour une fiction dramatique ayant pour cadre Pripiat, une ville proche de la centrale de Tchernobyl, en avril 1986 puis une dizaine d’années plus tard. C’est la première fiction sur Tchernobyl, et l’accident nucléaire est un prétexte pour évoquer les exils intérieurs de personnages cramés par ce terrible passé et contaminés lentement par la solitude. Sans pathos, avec sensibilité pourtant, la réalisatrice nous confronte aux itinéraires de ses personnages, parmi lesquels Anya est interprétée par le belle ukrainienne Olga Kurylenko, valeur montante du cinéma mondial (bientôt chez Terrence Malick puis dans le futur Tom Cruise, après un passage remarqué en 2008 dans le James Bond Quantum of Solace. Un film ambitieux, maîtrisé, fort si l’on en croit, comme moi, le meilleur de la critique (Les cahiers !) et les avis des spectateurs. Une manière originale aussi de se souvenir, de marquer l’anniversaire du 26ème anniversaire de la catastrophe nucléaire du 26 avril 1986 à Tchernobyl, une manière plus confortable que de participer à la chaîne humaine du 29 avril autour de la centrale de Golfech, sans que, bien sûr, tout cela soit incompatible !

Pour finir, deux films français dans une semaine à 3 films du mercredi 25 avril au mardi 1er mai.
Entre les Bras, documentaire de Paul Lacoste, sur un des aveyronnais les plus célèbres, Michel Bras, et la transmission de son savoir à son fils Sébastien, enjeu actuel d’une carrière qui l’a mené au sommet du panthéon culinaire mondial. Pour tous ceux qui ont eu le bonheur de manger chez Bras à Laguiole, pour tous ceux qui, comme moi, ne l’ont pas encore fait, ce documentaire nous permettra de découvrir cette illustre famille et peut-être quelques précieux secrets de cuisine interne !
Enfin, Les adieux à la reine de Benoît Jacquot, un de nos meilleurs cinéastes menant, depuis plus de 30 ans, une carrière faite de bons films classiques et de belles réussites comme Tosca, A tout de suite, Villa Amalia, films vus dans les dernières années dans notre salle. Benoît Jacquot est aussi un remarquable directeur d’acteurs et surtout d’actrices : Adjani, Huppert, Kiberlain, Dalle, Isild Le Besco…). C’est encore le cas ici avec un film tournant autour de l’entourage féminin de la reine Marie-Antoinette, au moment où tout bascule en cet été 1789 à Versailles. A travers les regards de Léa Seydoux, de Virginie Ledoyen, à ceux de la reine Diane Kruger, c’est à l’effondrement d’un monde clos, loin du tumulte parisien, mais miné par celui-ci que nous assistons. Ce n’est pas totalement un film historique, même si c’est un film en costumes, c’est plutôt un drame plus intime qui est ici au cœur du film, celui de la séparation douloureuse entre la reine et son entourage. Un film à découvrir, suscitant des réactions tranchées, souvent admiratives (Télérama).

En ces périodes de choix politiques décisifs, une phase de la Boétie (XVIème siècle) rappelé par Christian Rouaud aux Césars. La Boétie, parlant des puissants, disait : « Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. »
A bon entendeur, salut citoyen !

Guy Pezet

* Adieu, poème dialoguant à mon avis de façon pertinente avec le film


 
      NEWSLETTER du 9 au 29 mai
 

Un parfum de Cannes

Bien sûr, nous avons les yeux et les oreilles tournés vers Cannes, non vers le Cannes vain et ridicule de l’abominable Canal +, mais plutôt vers celui des salles obscures, vers les œuvres projetées, attendues ou pas.

Bon an, mal an, les meilleurs films de l’année proviennent des diverses sélections cannoises et mon classement annuel en témoigne clairement. Depuis le début de cette année 2012, quelques uns des films les plus forts montrés à Rieupeyroux ont été montrés à Cannes, l’an dernier : Take Shelter de Jeff Nichols qui revient en compétition officielle cette année, Le Havre de Kaurismaki, Les Acacias, caméra d’or en 2011, ou Helena de Zviaguintsev primé l’an dernier à Un Certain Regard...

Avant d’être un événement people, une grande foire commerciale, Cannes est une fête du cinéma d’auteur, ce que ne met pas en avant la bêtise télévisuelle ordinaire. Avant de retrouver quelques uns des films en compétition sur nos écrans, nous vous proposons pour ce mois de mai que l’on souhaiterait joli, un programme une nouvelle fois éclectique, autour de quelques grands noms du cinéma contemporain : Coppola, Cameron et Rabah Ameur-Zaïmeche.

Un événement ce 12 mai

En effet, Rabah Ameur-Zaïmeche sera présent à Rieupeyroux, pour une soirée exceptionnelle, autour de son film Les Chants de Mandrin». Ce film original a été tourné pour une large part dans le Sud Aveyron (La Couvertoirade) avec le soutien de la Région Midi-Pyrénées, montré à Cannes en 2011 et auréolé du Prix Jean Vigo 2011. Ce film confirme tout le bien que l’on pouvait penser de ce cinéaste franco algérien après ses trois premières œuvres : Wesh Wesh, qu’est ce qui se passe ? en 2011, Bled Number One en 2006, Dernier Maquis en 2008, montrés dans notre salle, pour mon plus grand plaisir.

Ces films m’ont marqué par leur originalité, leur qualité cinématographique, la manière libre et inspirée d’interroger notre monde contemporain et la société française plus particulièrement.

Pour Les Chants de Mandrin, RAZ n’interroge plus sa banlieue (Wesh Wesh), la société contemporaine algérienne (Bled Number One) ou la pratique de l’islam dans une entreprise française (Dernier Maquis), mais à travers l’après Mandrin dans la France d’Ancien Régime, notre propre capacité à résister. Bien sûr ce n’est pas une biographie historique de plus, c’est une réflexion sur la diffusion d’un exemple et d’écrits dans la France avant la Révolution Française. Contrebande, répartition des richesses, les écrits de et sur Mandrin sont subversifs et résonnent fortement à notre oreille. Le réalisateur déploie ici un sens de l’espace, un rythme particulier qui font de ce film tout à la fois une œuvre fragile et forte, improbable et aboutie.

Entouré de son équipe quasi familiale habituelle, RAZ s’est adjoint les services de Jacques Nolot, bien connu des cinéphiles rieupeyrousains, du philosophe Jean-Luc Nancy et du jeune Kenji Levan, fils de J-H Meunier que l’on ne présente plus.

Franc-tireur du cinéma français, RAZ peut parfois se rapprocher d’un autre aveyronnais, ami des Rencontres, Alain Guiraudie. Même démarche libre, originale, même capacité d’indignation noble chez les gueux ! En cette journée mondiale des Indignés, venez rencontrer un cinéaste qui compte, Rabah Ameur-Zaïmeche. Tous à Rieupeyroux, samedi 12 mai à 21h.

En cette première semaine, gros choc attendu avec le Titanic de Cameron en 3D. Titanic reste en tête du box-office depuis 1998 et nous revient en force. C’est un très bon film à mon avis, en particulier durant les 2 premières heures avec la découverte alors de deux grands acteurs qui ont amplement confirmé le bien que l’on pouvait penser d’eux : Kate Winslet bien sûr, mais surtout Leonardo Di Caprio dont j’ai souligné, il y a peu, le talent, l’incroyable puissance dramatique (voir J. Edgar). Ayant revu il y a peu Titanic et n’ayant pas encore expérimenté la 3D à Rieupeyroux, je me dis que le moment est venu.

Attention aux dates pour ce week-end d’après élection. Titanic sera projeté le vendredi soir à 21h et le dimanche à 15h. Il n’y a pas de séance exceptionnellement le dimanche soir.

Autre monstre sacré du 7ème Art, multi oscarisé à l’instar de James Cameron, Francis Ford Coppola, qui 3 ans après Tetro, propose une œuvre tout aussi singulière, intime et fantastique à la fois, Twixt. Je n’ai pas vu ce film, mais je me rappelle encore avec émotion le choc esthétique provoqué par Tetro, son noir et blanc si moderne, sa réflexion touchante sur la famille avec un extraordinaire Vincent Gallo (oui Vincent Gallo, l’acteur du meilleur film 2011, Essential Killing !). De la famille, de la filiation, de l’amour/haine entre frères, il en est souvent question chez F.F.Coppola. Pensez aux Parrains, au très beau Rusty James, à Tetro donc, entre autres chefs d’œuvre. C’est ici encore le cas pour le héros de ce film étrange. Pour moi, une bonne nouvelle que ce retour de F.F.Coppola au cinéma après une décennie (1995-2005) où il m’avait tant manqué !

A découvrir aussi lors de ce week-end de l’Ascension, une comédie originale du jeune Romain Lévy, Radiostars. On y retrouve le prometteur Manu Payet et le plus chevronné Clovis Cornillac au cœur d’une mission impossible qu’ils mèneront à bien : restaurer l’audience en chute libre de Blast FM, où travaillent une bande de copains allumés, inventifs. Un bon moment de détente en perspective. Une comédie pour tous, qui marche bien !

Pour la semaine nous menant à la Pentecôte, Le Prénom d’après la pièce de théâtre du même nom, un des triomphes de ces derniers mois à Paris. Avec un casting de choc, Patrick Bruel et Charles Berling, cette comédie française est un des moments attendus de ce début d’année.

Enfin, un autre film français, réalisé par Frédéric Videau, A moi seule, qui représentait la France à Berlin en mars. Ce jeune réalisateur s’attaque à un sujet difficile, celui des rapports entre ravisseur et séquestré, au moment où le premier libère la seconde après 8 ans d’enfermement (cf. le fait divers autrichien). Agathe Bonitzer et Reda Kateb sont impressionnants, paraît-il. Une fiction forte, de jeunes acteurs, un nouveau réalisateur, les Rencontres se devaient de donner toutes ses chances à ce film.

Guy Pezet


 
      NEWSLETTER du 4 juillet au 7 août
 

Il était une fois, Cannes, morose !

Ou plutôt Cannal plus triste chaque année, avec la pluie en prime tous les jours, avec en sus la fin prévisible du bouclier fiscal (élections obligent !), avec la concurrence qatari pour la diffusion du football ! Et pourtant de grands noms à l’affiche : 5 anciens vainqueurs en lice pour la Palme, de grandes stars américaines à l’affiche sur les marches, de grands noms dans toutes les sections. Tout un monde aussi, décalé de la réalité économique en crise de nos bons vieux pays capitalistes !
On allait voir ce que l’on allait voir et on a peu vu ou surtout peu entendu, car l’impact médiatique du festival a été bien moindre en cette année élective. De plus, si l’on excepte Holy Motors de Léos Carax, peu de films chocs créant l’évènement. Bien sûr, il y eut d’autres bons films salués quasi unanimement en salle et par la critique comme le dernier Hong Sang-soo avec Isabelle Huppert, le Mud de Jeff Nichols, Le grand soir de Benoît Delépine et Gustave Kervern ou De rouille et d’os de Jacques Audiard et bien sûr Amour de Michael Haneke. C’est le seul de ces films qui se retrouve au palmarès, avec une Palme d’Or, trois ans après celle obtenu pour Le ruban blanc.
Car le sommet de la morosité fut atteint avec la cérémonie et clôture et un palmarès parfois contesté. Dieu que la fin est triste parfois ! Nanni Moretti en service minimum et peu aimable, l’air furieux comme à l’ordinaire, des tenues de soirées ridicules pour les membres du jury, des discours plats débités à l’arrache avec la même conviction que dans Plus belle la vie, quelque chose de sinistre et d’expédié, difficile à expliquer.
Revenons au palmarès quasi exclusivement européen de ce festival et aux cinéastes récompensés. Michael Haneke donc, et un couple mythique du cinéma français : Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva pour le meilleur (l’amour du titre) et pour le pire, souvent sûr avec Michael Haneke, (le vieillissement et la maladie). Souhaitons que l’aride cinéaste autrichien ait été touché par la grâce et ait laissé quelques libertés aux personnages de son univers si souvent contraint et fort clos (cf Le ruban blanc et son village étouffant, son univers éprouvant , revu il y a peu à la télévision, sans oublier Caché !).
Au palmarès également l’ami Cristian Mungiu (Prix du meilleur scénario et des meilleures actrices) pour Au-delà des collines, un film fort, se déroulant en vase clos, dans un espace là encore fermé, celui d’un monastère. Changement d’univers et de genre par rapport à sa Palme d’Or d’il y a 5 ans. Bien sûr, ce film sera projeté à Rieupeyroux et nous sommes toujours en contact avec Cristian Mungiu qui porte haut les couleurs du cinéma roumain.
Autre palmé (6 ans déjà) Ken Loach et sa comédie sociale La part des anges autour de la bière et de la crise. Autre cinéaste récompensé Matteo Garrone pour Reality, 4 ans après Gomorra, film qui m’avait paru surestimé. Ce film sur la télé-réalité a été très mal accueilli, comme le Thomas Vinterberg, La chasse, récompensé pour le meilleur acteur.
Nanni Moretti n’aime pas le cinéma américain et les traductions à l’oreillette, ni le cinéma français (Carax, Resnais, Audiard absents du palmarès). Il aime les films distribués par son propre distributeur, comme les films européens primés, ceci expliquant peut-être cela, mais tout de même !
Pour en terminer avec Cannes, des films prometteurs ont été remarqués dans les sections parallèles : Les bêtes du sud sauvage de Benh Zeitlin, Caméra d’Or pour ce jeune américain de 29 ans , déjà primé au festival de film Sundance au printemps, Laurence anyways du toujours jeune Xavier Dolan (3ème film à 23 ans, 2 ans après le stimulant Les amours imaginaires, No de Pablo Larrain… Nous allons retrouver ces noms dans notre programmation cet été , ou,k au festival qui s’approche, début septembre.
Un programme alléchant en juillet.

Tout d’abord, dès cette semaine, 2 films forts attendus par les cinéphiles de nos contrées, nous venant en droite ligne des festivals où ils ont été présentés.
Le grand soir, primé dans la section Un certain regard à Cannes, avec Benoît Poelvoorde et Albert Dupontel. Nous avions osé Aaltra et Avida lors d’un festival mémorable , nous avons adoré Louise Michel et aimé Mammuth avec Gérard Depardieu et Yolande Moreau, et donc après la victoire d’Hollande, nous attendons avec impatience Le grand soir. Retour à la comédie sociale déjantée, avec deux frères en révolte et leurs parents frappadingues, Brigitte Fontaine et Areski Belkacem, plus vrais que nature. Kervern et Delépine ont imposé en 2, 3 ans un genre bien à eux, qu’il leur faut renouveler et acidifier pour tenir le programme du titre. Debout les damnés de la salle obscure, tous à Rieupeyroux, ce 1er week-end de vacances scolaires.
Dans une fibre plus dramatique, Les femmes du bus 678 est aussi un film que nous attendons tous, car celles qui l’ont vu, nous en ont dit le plus grand bien. Ce film récompensé au festival méditerranéen de Montpellier en 2011 nous transporte en Egypte, au Caire, au cœur de la société égyptienne en ébullition depuis plus d’un an maintenant. Trois femmes en lutte, unies contre le machisme dominant dans une société traditionnelle encore bien vivace (voir le résultat des élections ces dernières semaines). Des femmes debout et je compte sur vous, de nombreuses spectatrices, de nombreux spectateurs, assis, pour les acclamer. Un cinéma en prise cette semaine avec la réalité sociale, nous n’allons pas nous en plaindre !

A noter aussi dans ce même mois de juillet, le dernier Ken Loach, primé à Cannes, La part des anges. Entre la bière et la crise, une comédie (mais oui !) sociale pour cette figure du cinéma "réaliste" d’Outre-Manche. Même si je préfère ses œuvres dramatiques (Ladybird ou My name is Joe), il a déjà fait des tentatives plus ou moins réussies pour alléger son propos : Raining stones ou Looking for Eric, un de ces derniers opus, à mon avis, un peu faible. Ken Loach nous doit une revanche, et que coule la bière à flots lorsque nous sortirons de la salle.

Autre comédie bien reçue à Cannes, dans un style très différent, bien sûr, humour noir et décalage assurés, celle de Bruno Podalydès : Adieu Berthe ou l’enterrement de mémé. Un film drôle, cocasse, où, accompagné par son frère Denis, Valérie Lemercier et Isabelle Candelier entre autres, Bruno Podalydès se renouvelle et retrouve une place de choix dans le cinéma français. Retrouver Valérie Lemercier dans un bon film, c’est aussi pour moi, un plaisir que je ne saurais manquer.

Encore différente, bien sûr, et souvent attendue, la dernière comédie cosmopolite du père Woody, investissant cette fois Rome avec un casting de choix, comme lui seul peut en concocter. Quant au cocktail servi, je n’en sais pas grand-chose, mais gageons qu’avec un peu d’envie et quelques bribes de son génie comique, Woody Allen peut bien mieux faire qu’avec son Midnight in Paris ! To Rome with love, encore du grand cinéma et un grand cinéaste à l’affiche.

Enfin, en reprise estivale pour toutes celles et tous ceux qui ne l’ont pas encore vu, le dernier film de Jean-Henri Meunier Y’a pire ailleurs avec sa troupe de personnages drôles souvent, tristes parfois, émouvants aussi. Je pense particulièrement à Mr Sauzeau, auquel le film rend en quelque sorte hommage.

Par ailleurs, dans notre découverte des films en compétition à Cannes, après De rouille et d’os, après Moonrize kingdom, après Cosmopolis, nous pourrons découvrir Sur la route du brésilien Walter Salles, adaptation très médiatisée du livre culte de Jack Kerouac. Sur la route, c’est la Beat Generation, c’est un roman écrit avant de devenir un mythe sur l’Amérique des années 50 en pleine mutation. L’adapter au cinéma paraissait difficile, Walter Salles s’y est collé : découvrons son travail mené avec de jeunes comédiens prometteurs comme Sam Riley.

Il sera temps début août, tout en présentant le festival, de faire le bilan sur ces premiers films cannois et donc notre palmarès.

D’autres films sont à l’affiche en juillet : L’age de glace 4 et The amazing Spider-Man, après Madagascar 3 cette semaine. A qui la palme des entrées pour ces divertissements familiaux de grande qualité !?

D’autres encore que je ne connais pas et dont je ne sais rien : Indian Palace et La petite venise. Découvrir, c’est vraiment un impératif auquel toute l’équipe des Rencontres est fort attaché.

Bonnes vacances…
Guy Pezet


 
      NEWSLETTER du 8 août au 4 septembre
 

Où en étais-je ? En été, enfin ! Loin des Cannes frileux, pluvieux, moroses, dégustons notre cuvée spéciale d’avant festival bien au frais dans la salle noire.
Au mois d’août, avec les horaires d’été, séances le lundi à 21h durant les 4 semaines à venir, nous vous proposons une programmation éclectique bien sûr, mais riche de quelques pépites sur lesquelles je m’attarderai plus loin.

Un été à Rieupeyroux ne peut se concevoir sans grandes comédies françaises. Nous avons choisi celles qui marchent le mieux, bénéficiant d’une bonne réception critique et publique.
Un bonheur n’arrive jamais seul, comédie romantique ayant dépassé le million de spectateurs, basée sur la rencontre entre Sophie Marceau et Gad Elmaleh, couple me semble-t-il assez improbable, mais qui fonctionne m’a-t-on dit. Bien sûr, tout oppose les protagonistes, bien sûr tout est habilement ficelé pour les réunir. James Huth, réalisateur peu connu, malgré les succès de Brice de Nice ou de son adaptation de Lucky Luke, confirme qu’il est "bankable", qu‘il connaît la recette pas si simple du succès populaire.
Les kaïra de Franck Gastambide prolonge au cinéma le succès de la web série Kaïra Shopping. On y retrouve la même fraîcheur, une succession efficace de gags, un hilarant trio de lascars vivant et rêvant dans une cité HLM de Melun, des parodies, du rythme. C’est authentique comme un "banlieue film" réussi ! Et c’est une découverte à ne pas manquer.

Pas de programme estival sans film d’animation bien sûr à l’attention du jeune public.
Ce sera Cendrillon au Far West par les auteurs français de La véritable histoire du Chat Botté. Une héroïne des contes de Charles Perrault en partance pour un espace mythique du cinéma US, voilà la réponse du berger européen à la bergère Disney. En effet, ce sont bien les contes merveilleux européens que Disney a formidablement adaptés, de Blanche Neige à La petite sirène. Aussi, cette plongée de cette pauvre Cendrillon dans des espaces imaginaires clefs de la culture ciné US est-elle attrayante !
La reprise de L’âge de glace 4 en fin de vacances nous a semblé nécessaire pour répondre au grand succès rencontré par ce film en 3D dans notre salle au début des vacances. Avant la reprise de l’école, les extraordinaires aventures de Scrat, Manny, Diego et Sid et leurs compères raviront les plus jeunes et leur assureront une sacrée dose de bonne humeur pour le retour à l’école.

Au rayon comédies encore, 2 films au début du mois d’août en langue anglaise et donc en VOSTF dans notre salle.
Indian Palace de John Madden, une comédie sur des retraités anglais partis en Inde rejoindre un "palace" publicitaire de rêve, afin d’y couler une retraite heureuse à meilleur prix. Publicité mensongère ?
Et la même semaine, le dernier Woody Allen dans le genre maison "comédie internationale". Après Londres, Barcelone, Paris, Woody nous transporte à Rome avec une foule de grands acteurs de tous les pays, heureux de tourner sous la direction du petit maître new-yorkais… Dans To Rome with love, Woody utilise certainement tous les ressorts de la comédie traditionnelle, tout son sens du scénario, de l’écriture bavarde de scènes plaisantes pour nous étourdir à nouveau. Un enjeu de taille : Rome, la ville éternelle est-elle plus belle, plus glamour que le Paris muséifié des années 20 de l’oubliable Midnight in Paris ? Autre sous enjeu de taille : Roberto Benigni est-il supportable dans ce type de comédie, 25 ans après avoir été révélé par Jim Jarmusch dans Down by law, sans grimace excessive, ni rire gargantuesque, ni éclats de voix… ?
Toujours dans ce programme estival, un polar français, Mains armées de Pierre Jolivet avec Roshdy Zem, Leïla Behkti, Marc Lavoine… Encore une fois, un épisode de la guerre des polices qui se double d’un affrontement familial, une alternance de scènes d’action et de scènes psychologiques que nous connaissons bien dans le cinéma policier français (séries télé comprises), un univers codifié que Pierre Jolivet investit pour la première fois me semble-t-il. Roshdy Zem est, à mon avis,un des meilleurs acteurs français, tous genres confondus.

Pour se rapprocher du festival, comme un clin d’œil aux 14èmes Rencontres.. à la campagne de 2011, nous reprenons Y’a pire ailleurs, le troisième volet de la trilogie najacoise de Jean-Henri meunier. Gros succès en septembre, le film n’a pas été repris en salle à Villefranche de Rouergue, faute d’absence du numérique, et bon nombre de personnes souhaite retrouver les personnages documentés par JHM, en particulier pour un adieu émouvant à Mr Sauzeau et sa lucide mélancolie. Il faut faire circuler l’information : Y’a pire ailleurs est repris à Rieupeyroux, le samedi 4 août à 21h et le dimanche 5 août à 14h !

Au rayon des grandes sorties commerciales mondiales, The dark knight rises, le dernier film de la trilogie de Christopher Nolan adaptant la BD Batman, 10 ans après Tim Burton. Avec son coût de 207 millions d’€, ce blockbuster survitaminé du nouveau golden boy du cinéma hollywoodien n’avait pas besoin de la tragique actualité de la tuerie d’Aurora pour créer l’évènement. Mais, ceci étant, il va bien falloir examiner le film et son imaginaire violent à l’aune de cet évènement. Depuis Inception, Christopher Nolan et son univers nihiliste complexe fascine Hollywood et emplit les caisses : 1 milliard de $ de recettes pour The dark knight, le chevalier noir, 900 millions pour Inception… Ceci vous classe un homme. Et ce réalisateur de 42 ans est sans doute les plus doué de sa génération, capable de maîtriser et d’associer un univers imaginaire original et des effets spéciaux les plus saisissants (voir le Libé de ce mercredi). Métaphore revendiqué de l’Amérique avec une cité de Gotham, plus New-York City que jamais, critique formelle du capitalisme en crise (c’est de saison !), The dark knight rises se trouve confronté à une réalité autrement catastrophique. Il sera fort intéressant , instructif même, de découvrir ce "film catastrophe" comme le titre Libé.

Et au rayon art et essai, découvertes… me direz-vous ? Du lourd, du fulgurant, du bouleversant.
Tout d’abord, Holy motors de Léos Carax, plus de 10 ans après Pola X et plus de 20 ans après Mauvais sang et Les amants du Pont Neuf, autant d’œuvres qui avait fait du génial Léos, le grand espoir du cinéma français et de Denis Lavant, l’acteur-performer les plus intrigant de la décennie. Pour Léos Carax, ce retour à Cannes avait tout de triomphal : accueil critique, accueil public, seule grande émotion artistique du festival, mais il fut oublié au palmarès en bonne compagnie tout de même (Cronenberg par exemple et son éblouissante mise en scène d’une limousine comme métaphore des nouveaux lieux de pouvoir !) Alors, nous allons pouvoir juger sur pièce et découvrir enfin l’œuvre. Là encore, une limousine porteuse de fictions, de récits, de personnages au hasard de ses arrêts et des transformations d’un personnage aux multiples identités interprété par Denis Lavant. Là encore, une interrogation sur la capacité du cinéma à raconter des histoires, sur la magie des images, sur leur poésie qui inscrit l’œuvre au cœur des réflexions contemporaines sur le 7ème art et l’art en général. Entouré d’actrices aussi différentes qu’Eva Mendes, Kylie Minogue, Edith Scob, Denis Lavant incarne ces divers personnages de façon tout à fait extraordinaire. La Palme d’or du cœur des cinéphiles à Cannes. Un évènement à Rieupeyroux !
Autre film très remarqué à Cannes, t bénéficiant d’un très bon accueil critique, le 3ème opus du surdoué canadien Xavier Dolan, Laurence Anyways. Xavier Dolan n’a que 23 ans, rappelons-le, et c’était déjà la 3ème fois qu’il était à Cannes après J’ai tué ma mère et Les Amours imaginaires que nous avions programmé il y a 2 ans. Son savoir-faire est grand, capable de piquer à toutes les esthétiques (clip, mauvais goût, cinéma classique…) pour raconter et bousculer une histoire. Ici, l’histoire de Laurence, un homme, qui aime une femme Frédérique et qui voudrait continuer à l’aimer tout en devenant lui-même Laurence, une femme. Une sorte de gaga romanesque, romantique, étalée sur 10 ans de 1989 à 1999. Un film ambitieux bien sûr, un film moderne, un fleuve d’images capables de nous faire chavirer !
Je garde le Faust de Alexandr Sokurov pour une autre lettre essentiellement consacrée au festival où nous poursuivons notre exploration des pépites de l’année avec en avant-première Amour de Michael Haneke, la Palme d’or de Cannes 2012 et Tabou de Miguel Gomes primé à la Berlinade 2012.

J’oubliais notre coup de cœur découverte pour le film argentin Trois sœurs (Abrir puertas y ventanas), Léopard d’or au Festival de Locarno en 2011. C’est le 1er film de Milagros Mumenthaler, une sorte de huis clos autour de trois soeurs post-adolescentes, allant habiter la maison de leur grand-mère… C’est très fin, très sensible, très bien interprété et bon an mal an le cinéma argentin nous propose bien des œuvres attachantes (comme Les acacias, Caméra d’or au Festival de Cannes en 2011).

Guy Pezet


 
      NEWLETTER, le retour !
 

Pas de nouvelles depuis la fin de l’été, bonnes nouvelles direz-vous ! C’est un bilan rapide que je vais dresser de cette longue période avec des plus et des moins, de l’enthousiasme mais aussi de l’agacement, à tout le moins.

Un bel été au cinéma, mais avec peu de spectateurs !

Depuis quelques années, de bons films sortent l’été, après Cannes bien sûr, et après d’autres festivals fin 2011 et début 2102 où ils ont rencontré un bon succès d’estime. Ce qui a valu un été de gala pour le cinéphile qui sommeille en moi !
Cela a commencé avec Moonrize kingdom de Wes Anderson, toujours en progrès et avec un cinéma pour tous, aux valeurs universelles, mais original et ambitieux.
Cosmopolis de David Cronenberg, oublié comme Moonrize kingdom du palmarès cannois, est un film d’une grande maîtrise formelle, certes excessivement verbeux mais déroulant un dispositif inventif à l’intérieur d’une limousine où trône un golden boy au faite de sa puissance mais aussi de sa fragilité existentielle. Cet espace cinématographique réduit de la limousine est extrêmement ouvert et fermé sur le monde extérieur, celui de l’effondrement du capitalisme auquel nous assistons, spectateurs enfermés dans d’autres limousines moins sécures mais tout aussi poreuses. Robert Pattinson est extraordinaire et certaines scènes marquantes, imprimées dans ma mémoire pour toujours.
Toujours oublié du palmarès cannois, Holy motors de Léos Carax ! Enfin un film français ambitieux, original et inventif, ayant aussi pour véhicule de fonction une limousine. Léos Carax offre à son personnage, Mr Oscar, une série de fictions potentielles dans lesquelles il réalise un programme narratif singulier, nous permettant de faire le tour de l’évolution du cinéma, depuis le muet jusqu’au numérique. Avec une remarquable Edith Scob en passeuse de cinéma entre le personnage Mr Oscar, le spectateur, l’univers poétique de Léos Carax et un épatant Denis Lavant, acteur fétiche de Carax depuis toujours. Encore un film moderne, interrogeant le cinéma et sa réception (y aura-t-il encore quelqu’un pour entendre, écouter les films ?) et des séquences d’anthologie (l’accouplement des formes numériques capturées, le garage aux limousines)…).
Présenté et primé à Un certain regard, le film du jeune génie canadien Xavier Dolan, Laurence anyways. Ce film, parfois brillant, traite sans dévier de son objet, d’une histoire difficile, celle de Laurence homme désirant devenir femme, et donc celle de Fred, sa femme accompagnant longtemps sa recherche. Melvil Poupaud et l‘inconnue Suzanne Clément sont parfaits et touchants dans cette histoire d’amour douloureuse. Sur un sujet casse-gueule, le jeune Xavier Dolan évite tous les pièges (pas de folles !) et impose une nouvelle fois sa manière ado lyrique et romantique de penser de nouveaux rapports amoureux et sa maîtrise adulte de la réalisation d’un film. Quand on voit la pauvreté formelle de certains films en sélection (La part des anges de Ken Loach par exemple) on se demande bien pourquoi un tel film ne s’y trouvait pas en sélection !
Reste aussi Faust de Alexandr Sokurov, un film d’artiste, d’esthète, relevant d’un travail formel sur la lumière et les cadrages souvent éblouissant. C’est à une réécriture moderne (?) du mythe de Faust que nous conviait l’auteur du Soleil, dans un cadre médiéval pouvant faire référence à celui des tableaux de Jérôme Bosh, de Bruegel ou d’autres maîtres flamands du cadre et de la lumière. Ce film a obtenu à l’unanimité du jury, le Lion d’Or 2011 à Venise, ce qui n’étonne pas tant son souci formel et sa maîtrise esthétique impressionnent.
Ces films se retrouveront sûrement dans mon palmarès annuel qui fait la part belle aux auteurs. Je dois aussi signaler 3 films issus de festivals plus modestes mais tout aussi pertinents dans leur choix : La petite Venise d’Andrea Segre, du cinéma social au cœur des préoccupations actuelles (crise, communautarisme…), Trois sœurs de Milagros Mumenthaler, pour la sensualité qui transpire à chaque plan du film, et bien sûr Les femmes du bus 678, comédie dramatique constamment intéressante, s’inscrivant de plein pied dans la réalité égyptienne et posant courageusement la question féminine dans un monde machiste et conservateur. Bravo à Cinémed 2011 d’avoir mis en avant ce bon film !

Un grand festival et des spectateurs fidèles et intéressés

Je ne m’étendrai pas sur la réussite de cette 15ème édition, mais je tiens à souligner ici la qualité des films projetés, l’intérêt des interventions proposées avec des cinéastes enthousiastes (comme Emmanuel Finkiel), un critique accompagnant de façon intelligente et sensible bien des projections (merci Cyril Neyrat, en particulier pour son commentaire sur l’œuvre majeure du turc Nuri Bilge Ceylan !), des artistes ou artisans du 7ème art, respectueux du public et soucieux d’éclairer leur œuvre (Vasco Pimentel, ingénieur du son sur le remarquable Tabou de Miguel Gomes). Ajoutons à cela le soleil, les animations proposées, la qualité et la diversité de la restauration quotidienne… et tout contribuait au succès de cette édition. Derrière cette réussite, rappelons le travail effectué par toute l’équipe des bénévoles, le soutien indéfectible de nos partenaires et en particulier des services techniques municipaux, les portraits de Marie-Claude , la disponibilité de Françoise, le tout sous la douce et efficace conduite de notre chef d’orchestre Jocelyne.

Des films surfaits parfois, portés souvent par les grands médias aux ordres

Je ne reviens pas sur les déceptions estivales du Ken Loach, du Woody Allen, et même du Kervern-Délépine, cinéastes qui se répètent sans se renouveler et dont la signature semble seule garante de l’écho médiatique engendré. Mais je tiens aussi à pointer ces sorties trop nombreuses, semaine après semaine, de productions formatées visant un succès rapide dû essentiellement à la publicité faite autour du projet de production, mais jamais du projet cinématographique du cinéaste, d’ailleurs souvent rejeté dans l’ombre ou du sujet (Le saveurs du palais) ou des acteurs côtés qui sous-entendent cette entreprise de promotion (Fabrice Luchini à la pelle, Kad Merad sans qui on ne peut monter un film français, Catherine Frot elle aussi incontournable quel que soit le rôle… et bien d’autres).
Ces productions peuvent aussi se nourrir de la promotion encore plus incontrôlable des réseaux sociaux et s’adresser parfois à un public bien ciblé (voir le succès de Taken 2, la dernière production de Luc Besson, première produite partiellement dans ses studios et n’ayant trouvé aucun écho médiatique traditionnel (presse, radio, télé…).

La promotion canapé des navets (les après-midi ciné du triste Mr Drucker)

Il est pour moi difficile de tirer sur une ambulance, mais les dimanches de ce cher Drucker (l’"ami" de Lance Armstrong qui plus est) sont d’une indigence profonde et d’une pauvreté d’analyse tout à fait navrante. Le gentil cynique nous prend pour des cons, et ces grandes vêpres dominicales autour de grands films populaires français assomment plus qu’elles ne promeuvent ! Et allons-y pour l’évocation tristounette de la joie délicieuse du tournage, pour les anecdotes tristes sensées représenter un intérêt pour le spectateur (mais lequel ?). Et encore un coup des délires verbaux de Fabrice, des colères réactionnaires de Gégé, des vannes creuses de nos grands comiques… le tout bien enfoncé dans le canapé rouge. Jamais Drucker ne fait un choix courageux, ne met en avant un artiste, un cinéaste rare et intelligent (Carax , Dolan par exemple…) Jamais il ne s’intéresse au cinéma et ne promotionne qu’une bande-annonce de films devenant dès lors suspects. Pour une promotion canapé, c’est une vraie débandade généralisée : maos il est où le cinéma français à la télé ?

Enfin le nouveau programme, et avec novembre, le film documentaire !

Trois films seront projetés dans ce cadre, bénéficiant de la collaboration des rencontres avec la médiathèque intercommunale, pour recevoir un éclairage particulier.

Tout d’abord Walk away Renée de Jonathan Caouette, film sorti en salle au printemps et bénéficiant d’une critique positive. Ce film a enthousiasmé Jocelyne, Chantal et Elisabeth, et leur avis vaut plus que toutes les signatures. Caouette est un cinéaste original, remarqué il y a quelques années pour Tarnation, une œuvre dont il était le principal objet tout en restant le principal sujet, si je puis dire. Caouette, une nouvelle fois, s’adonne au docu-fition autobiographique et met en scène ici son voyage de déménagement de sa mère entre Houston et New York. Sa mère souffre de troubles mentaux et c’est la relation forte entre le cinéaste et celle-ci, leur histoire personnelle, qui se retrouve au centre de l’œuvre. Bien des critiques parlent d’une œuvre révolutionnaire, expérimentale, mais d’une œuvre forte, passionnante, émouvante parfois (discussion autour de tartines après la projection).
Ensuite, le dimanche 18 novembre à 15h, Bovines, un documentaire plus herbeux que verbeux autour des vaches, un film qui s’impose dans une région rurale de grande production bovine. Bovines est sorti en mars et a été remarqué dans bien des festivals. C’est une invitation à regarder, contempler les vaches, ces inconnues familières.
Enfin, Kurdish lover de Clarisse Hahn, un docu-découverte d’une région sinistrée s’étendant de la Turquie à l’Iran, en passant par le nord de l’Irak, d’une culture entre tradition et modernité, d’un peuple privé de pays : le peuple kurde. Clarisse Hahn a découvert le Kurdistan avec son compagnon kurde rencontré à Paris. C’est dans l’intimité même de cette famille qu’elle découvre ce pays, voisin de la Syrie, et une nouvelle fois impactée par les tensions du Moyen-Orient. Un film intéressant, riche d’information sur ce peuple en quête de reconnaissance (débat autour de douceurs orientales après le film).

Hors du mois du film documentaire, encore un docu-fiction dans notre programmation, celui des frères Taviani, César doit mourir remarqué et primé à Berlin en début d’année. Les Taviani de retour au premier plan, c’est une bonne nouvelle pour tous les amoureux du grand cinéma italien. Rappelez-vous Allonsanfan, Padre padrone, Le pré, La nuit du San Lorenzo… pour ne citer que mes préférés ! Ici, ils filment une expérience théâtrale mené avec des prisonniers et en tirent un film frais et innovant, faisant la part belle, à côté de la pièce Jules César de Shakespeare, à la vie, aux dialogues écrits et scénarisés des prisonniers. Le film est tourné dans tous les lieux de la prison (réalité documentaire) et les résonances entre le texte de la pièce et la vie en prison deviennent plus évidentes, tout en restant complexes. Un grand film donc et un retour d’auteurs leur meilleur niveau !

Nous avons parlé aussi de l’important Into the abyss de Werner Herzog, autre cinéaste qui compte, dont le documentaire sur un condamné à mort américain bénéficie d’une bonne réception critique ! Peut-être pour décembre ?

Un mot du dernier Ozon, Dans la maison, film ayant reçu un bon accueil critique et public, autour d’une histoire forte et originale, entre un professeur de français, son élève bluffant, sa femme. Le couple Luchini - Scott Thomas est à son meilleur, confronté à ce jeune génie capable de décrire avec une pertinence rare la vie d’une famille bourgeoise. Quelque chose de troublant, de sulfureux peut-être ? Souhaitons qu’Ozon ose aller au bout du potentiel de son scénario…

Ajoutons à cela quelques grandes sorties USA, fortement médiatisées comme celle du dernier James Bond Skyfall dû à Sam Mendes, un réalisateur américain reconnu (Les noces rebelles). Pour ses 50 ans de cinéma, James bond nous revient en pleine forme, dans un nouvel opus au charme et à l’humour british, porté par Daniel Craig, opposé à un méchant d’anthologie interprété par Javier Bardem en blonde platinée. Daniel Craig se révèle une nouvelle fois un agent secret convainquant et l’ensemble na manque pas de qualité.
Pour Twilight (dernière partie), je n’en ai pas encore entendu parler et je me garderai de tout commentaire. Les ados doivent s’y préparer et s’apprêter à quitter ce monde merveilleux du fantasme et de son potentiel narratif (l’amour avec un vampire !?).

J’ai gardé pour la fin le dernier Hong Sang-Soo, In another country, avec Isabelle Huppert. Hong Sang-Soo nous propose trois variations autour du personnage d’Isabelle Huppert et d’un maître-nageur, avec la nonchalance élégante qui caractérise son art. Nous avons montré Night and day il y a quelques années, et la fluidité du film, sa déambulation paresseuse dans un Paris estival autour des histoires amoureuses de son jeune héros m’avait séduit. Présenté à Cannes, le film a bénéficié d’un très bon accueil des festivaliers (une comédie enfin après 15 drames !) et de la critique. Hong Sang-Soo est un cinéaste prolifique, dont l’univers poétique, l’humour n’excluent pas la gravité. Un cinéaste à découvrir au plus vite !

Amour de Michael Haneke arrive… en décembre. Comme nous nous y étions engagés lors de sa présentation en avant-première durant le festival. Nous y reviendrons alors…

Guy Pezet




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